le blogadoch2

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samedi 24 juin 2017

De la ténacité des objets et de la beauté de Virginie...

Dans un article passé, je vous faisais part de l'arrivée dans mon monde mécanique d'un nouvel outil, un outil commun, mais dont je m'étais passé pendant 70 ans d'automobilisme : un compresseur d'air fonctionnant sur le 12 volts.
Cette arrivée ne s'est pas faite dans le calme et la sérénité, et elle a montré l'entêtement des objets à parvenir à leurs fins.
Jugez-en plutôt...

Un magasin allemand près de chez moi a pour curieuse habitude de proposer des articles à la vente pendant un temps limité. Un jour, en allant y chercher un genre de pain particulier qu'ils appellent ciabata, je tombe sur une console pleine de compresseurs fonctionnant sur la prise allume-cigare des automobiles.
Je n'ai jamais considéré cet outil comme indispensable, ni même utile, à moins d'être victime une nuit pluvieuse d'hiver, au fin fond du monde civilisé, d'une crevaison lente, un cas rarissime où il se révèlerait alors miraculeux, en permettant de continuer sa route sans passer par le changement de roue.
Mais cette fois, ce joli petit engin, avec son gros manomètre, et avec l'air sérieux des objets fabriqués en Germanie, avec son prix ridicule de 17,85 €, me fait de l'œil et décide de rentrer avec moi.

Bon, il est tellement faiblard le pôvre, que la notice conseille de le mettre en route avant de le coopter à la valve : pour qu'il prenne son souffle sans doute.
Je vérifie la pression des pneus des deux autos de la maison, de ceux de la moto. C'est amusant, le moteur crachote ses petites bouffées d'air comprimé qui réussissent vraiment à faire monter la pression. Au fond, c'est tout ce qu'on lui demande.

Mais quelques jours plus tard, voulant comparer les indications de son manomètre avec le cadran d'un ancien appareil de lecture de pression, je suis dans l'impossibilité de le faire démarrer. Vérification du branchement et tapotements dans le dos ne le guérissent pas, il refuse de travailler.
Je récupère mon ticket de caisse et téléphone à Lidl où une dame me donne la marche à suivre pour faire jouer la garantie : envoyer un e-mail au fournisseur.

—" Bonjour, mon compresseur est en panne, que dois-je faire?"
Réponse rapide d'une jolie jeune femme — je dis jolie jeune femme, car je préfère l'imaginer comme ça, plutôt que vieille, obèse et moustachue. En plus, elle me dit s'appeler Véronique. Peut pas être moche la Véronique...
— "Bonjour, nous vous envoyons un article de remplacement".

Et qu'est-ce que je fais du premier?

Quelques jours plus tard un livreur dépose une boîte qui tiendrait deux fois dans un emballage de chaussures. Je déplie les protections pour découvrir une poignée de débris noirs et de pièces chromées vagabondes.
C'est juste la fiche pour l'allume-cigares qui est en mille et un morceaux. Curieux quand même, car la boîte ne porte aucune trace de chocs.

— Bonjour Véronique, je n'ai pas de chance, la prise pour l'allume cigare...
— Pas de problème, je vous envoie un article de remplacement.

Et qu'est-ce que je fais du deuxième?

Quelques jours plus tard, alors que nous rentrons après une courte absence, la dame dont je partage la vie, assise à mes côtés, me parle du colis qui a dû retourner au dépôt si le livreur a trouvé porte de bois.
Le nez de l'auto contre le portail automatique, j'appuie sur le zap. Joseph — c'est ainsi que j'appelle le mécanisme d'ouverture — fait majestueusement béer sous nos yeux béats et toujours admiratifs, les ventaux métalliques.
L'auto retrouve le dallage familier de l'allée, et soudain, sursaute comme si elle chevauchait un obstacle inattendu.
— Bon sang, mais c'est bien sûr! C'est le colis, qu'un désinvolte livreur a jeté par-dessus le portail en notre absence! Mon compresseur! Il doit être beau maintenant! 
La boîte ressemble maintenant plus à un pan bagna qu'à un colis de matériel sensible.

— Véronique, ma belle, il faut que vous me croyiez, le livreur...
— Ne vous tracassez pas, l'article de remplacement part demain matin.

Et qu'est-ce que je fais du troisième?

— Cette fois, je dois vous demander de remettre le colis écrasé au livreur qui passera le chercher. Nous règlerons ce sinistre avec le transporteur.
— Et j'en profiterai pour lui dire ma façon de penser à propos de sa façon d'agir, n'est-ce pas?

Cette histoire a-t-elle une morale ? Mais de nos jours, on ne parle plus de morale, on va d'ailleurs certainement  lui trouver bientôt un autre nom comme pour les concierges, les instituteurs, ou les facteurs. Alors, passons. 
Appelons ça des commentaires :
- félicitations au marchand, pour son service après-vente si généreux. Mais quel doit-être le prix de revient réel de cet article?
- regrettons la fragilité de certains composants de cet appareil, comme la matière plastique noire qui compose la prise allume-cigare;
- fustigeons les livreurs désinvoltes, farfelus et paresseux, bien sûr;
- et enfin, remercions le hasard des choses de s'être attardé chez un bricoleur, la suite vous dit pourquoi.

Le premier compresseur en panne a été démuni de sa fiche qui a été soudée sur le compresseur amputé de la sienne. Ce qui fait un compresseur fonctionnel de secours, ah, ah!
Plus tard, par curiosité, ce compresseur en panne a été démonté, et, devinez quoi? C'est la même matière plastique noire qui sert de boîtier au petit interrupteur de mise en route et ce dernier est carrément explosé. Un interrupteur clône, trouvé sur une ancienne imprimante, le remplace. Et bingo, un second compresseur de secours-bis, à condition de lui trouver une prise mâle pour l'allume-cigares.

Le quatrième compresseur — le bon, le vrai, le méritoire — n'a rien de cassé, et fonctionne tellement bien qu'il m'a sauvé la mise lors de mon aventure mansonnienne, dont je vous parlais au début.

Je ne sais pas si le fournisseur de Lidl a les mêmes ennuis avec tous ses compresseurs. Si c'est le cas, la maison doit frôler la liquidation...

Et moi, j'ai un compresseur dans chaque auto, et un à l'atelier qui fonctionne en appuyant les fils sur les bornes d'une batterie, en attendant de lui trouver la bonne fiche.

Je vous aime, Véronique!


Nota : Les lecteurs attentifs auront noté la distraction de l'auteur qui a confondu pendant un temps la belle Véronique avec une Virginie, sortie d'on ne sait où...
Les noms de femmes sont comme ceux des fleurs, impossibles à retenir.
C'est décidé : je ferai dorénavant comme Crocodile Dundee, je les appellerai toutes Géraldine...