le blogadoch2

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lundi 7 août 2017

L'homme du marché

Mon agenda surchargé — comme celui de tous mes collègues retraités —, et le thermomètre en inflation réduisent sérieusement mes facultés de création.
Par chance, mon ami Antoine a judicieusement laissé courir ses doigts sur le clavier pour nous concocter cette agréable petite nouvelle.
Cédons-lui volontiers la place...



Mardi, c’est le jour du grand marché de la Croix-Rousse, et je m‘y rends régulièrement à pied, car c’est très proche de notre appartement.

J’en reviens chargé de kilogrammes de saumon, de légumes et de fruits, des fromages aussi et de la charcuterie, j’aime beaucoup la charcuterie. Une ou deux bonnes bouteilles, du chocolat pour accompagner mon pur Arabica, accompagnent le tout dans mes sacs pleins à craquer. Tout à l’heure je vais me régaler c’est certain, et je terminerai dans mon fauteuil en cuir, un D4 de Partagas dans une main et un vieux Dillon dans l’autre, me laissant emporter par une douce somnolence au son d’un disque de jazz distillé parfaitement par une paire d’enceintes Cabasse Clipper garanties à vie. Bref, un bon moment en perspective…

A l’angle de la rue, entre le charcutier artisanal et le vendeur d’olives, je croise son regard perdu au milieu d’un visage sans nom, à peine éclairé par un demi-sourire qui laisse entrevoir des dents jaunies par la cigarette roulée qu’il fume par bouffées asthmatiques. Les cheveux gras clairsemés n’ont vu ni le shampoing ni le coiffeur depuis des années, son pantalon tient plus par ses trous que grâce à la toile rêche qui le compose, et se termine en franges crasseuses sur des tongs hors d’age.

Ma main gauche se glisse dans la poche de mon pantalon Ralph Lauren, trouve mon iPhone, le relâche pour attraper le portefeuille, duquel, parmi une demi-douzaine de cartes de crédit j’extrais un billet de 5 euros. Ce sera mieux qu’un pièce, tout de même ! Le billet termine sa course dans le chapeau de paille posé au sol devant les jambes croisés de l’homme assis par terre au bord du caniveau.

Son sourire fatigué s’illumine, j’entends un « merci mon bon Monsieur » à peine susurré. Curieusement, l’homme fait preuve d’une rapidité surprenante pour récupérer le billet et le fourrer dans la poche de sa chemise. Mais il reprend son regard perdu et reste encore ainsi à quémander aux passants la pièce qu’ils voudront bien lui offrir.

Je suis profondément intrigué par cet homme et profite d’une terrasse de café à quelques pas de lui pour commander un demi et continuer à l’observer. Il dégage quelque chose, que je ne parviens pas à définir, un mélange étrange de tristesse absolue et d’un sentiment indéfinissable, comme la réminiscence d’une grandeur passée, d’une vie antérieure oubliée au plus profond de son âme. Une tragédie, un divorce, la maladie ou la mort d’un proche ? Impossible à dire, comme si l’homme transpirait toute la misère d’un monde dont il est aujourd’hui banni.

Quelques pièces tintent encore  dans son chapeau et puis, péniblement, l’homme s’appuyant sur ses mains, se lève, ramasse son chapeau, récupère la monnaie qu’il glisse dans sa poche. Il s’avance en direction du fond de la ruelle, courbé sous le poids d’on ne sait quel drame, sa démarche hésitante et saccadée est celle d’un vieillard. Il trébuche sur les pavés arrondis par l’usure du temps, celle-la même qui semble l’avoir vieilli avant l’âge, mais il continue sa route avec lenteur.

Une voix intérieure, ma curiosité maladive, l’instinct ? Qu’est-ce qui me pousse à le suivre discrètement, je ne sais ? Je lui emboite le pas, de loin avec mes sacs.

Un peu plus loin, il disparait de ma vue. Pourquoi j’accélère à ce moment ? Je ne sais toujours pas, mais je suis pris d’une inextinguible envie de poursuivre ma traque, car j’en suis certain maintenant, c’est une traque vers des réponses aux questions qui émergent de mon cerveau depuis le café et sa bière fraiche. Je dois savoir, je dois apprendre de cet homme, il le faut.

À l’angle de la rue, j’ai failli me faire repérer par lui et je recule aussitôt. Je ne vois rien, mais je crois entendre un bruit familier que je ne parviens pas tout de suite à identifier. Une sorte de « bip » sonore très bref, puis plus rien.

Je m’accroupis et pose mes sacs au sol pour tenter un coup d’œil rapide derrière le mur au ras du trottoir. La gouttière m’empêche d’observer toute la rue, mais j’aperçois dans l’espace avec le mur d’angle l’homme assis au bord du trottoir. La rue semble déserte et l’homme sort une sorte de chiffon d’un grand sac en cuir fauve, ressemblant à ceux qu’on trouve dans les boutiques de luxe des aéroports internationaux puis il ôte son vieux pantalon et ajuste celui qu’il vient de sortir du sac, ce que j’ai pris pour chiffon ! Les tongs suivent le même chemin et sont remplacées par des santiag’ qui, vues d’ici semblent en bon état, comme celles que portent les « bikers » et autres amateurs de Harley-Davidson. Ma perplexité s’accroit encore lorsque je vois l’homme se redresser totalement. Il apparait maintenant en contre-jour et dévoile une silhouette plutôt altière très différente de celle qui m’a interpellé quelques instants auparavant. Il se retourne brusquement vers moi. Je fais un bond en arrière, le cœur battant la chamade comme un petit garçon surpris les mains dans le pot de confiture. C’est un comble ! Je suis là assis par terre, mes courses à coté de moi, observant un mendiant en pleine rue. Heureusement, qu’il n’y a personne à ce moment-là car mon comportement aurait certainement attiré l’attention!

Dans ma brusque volte-face, j’ai eu le temps de voir l’objet qu’il tenait à la main: un iPhone 7 dernier cri, le même que celui que je viens de m’offrir. Mais qui est cet homme à qui j’ai donné un billet de 5 euros ? 

Je risque à nouveau un coup d’œil et avant que j’aie pu voir quoi que ce soit j’entends distinctement sa voix, portée par un léger vent : « Allo Chérie ? Oui c’est moi, je rentre à la maison… Oui, c’est ça… Oui ça a bien marché aujourd’hui… combien ?… 500… Oui pas mal pour un mardi. Oui, je t’aime, je t’embrasse. À tout de suite… »

Le bruit caractéristique d’une portière qu’on referme me fait sursauter !  Me revient aussitôt en tête le bruit entendu tout à l’heure. C’était donc ça, une télécommande de voiture.

Le ronronnement typique d’un moteur puissant me pousse à me relever sur le champ et à rebrousser chemin, mes sacs à la main, le regard dans mes chaussures. Quelle honte d’avoir pisté ainsi cet homme. Oui, je suis honteux et très mal à l’aise, je fuis le regard des passants que je croise au moment où la voiture de sport s’approche de moi. J’ose à peine me retourner pour admirer la Porsche Panamera dernier modèle qui me laisse courtoisement traverser la rue. L’homme est au volant, il tourne son regard vers moi, son visage est éclairé par un rayon de soleil, il porte une paire de RayBan Police (celles que j’adore), et arbore un large sourire.  M’a-t-il vu, reconnu ou entendu ? Je me liquéfie sur place.

Bien avant que je reprenne mes esprits, dans son vrombissement si reconnaissable, le V8 bi-turbo propulse la Porsche Panamera hors de ma vue et disparait dans la circulation du boulevard de la Croix-Rousse.


A.P. – Août 2017



vendredi 28 juillet 2017

Le SIDA ne serait pas contagieux...

La période que nous traversons, par les torrents d'informations qu'elle déverse sur nous, se prête fort bien à la désinformation, et aussi à toutes sortes de "théories du complot". C'est un fait.
Cependant, la duplicité de certains, le machiavélisme et la cupidité de la plupart des grandes puissances commerciales, nous permettent d'assister à des comportements tellement outranciers dans l'immoralité que nous sommes contraints de nous intéresser à des informations comme celle qui suit.
Le passé récent nous a montré que les informations que nous recevons sont parfois dictées, par des groupes puissants, aux médias qui vivent de leurs encarts publicitaires, et ne peuvent refuser les "ordres".

Si la version développée ici sur les tromperies liées à la maladie du SIDA, est exacte, force est de constater que cette fois, certains malfaisants ont fait fort...
Que dire des drames causés par l'annonce terrible d'une séropositivité? La liste serait longue des conséquences désastreuses et souvent dramatiques d'une telle annonce.


Mais de quoi s'agit-il? 
Dans une vidéo de 55 minutes, un personnage très posé, à l'accent sincère, le docteur Etienne de Havren, un microbiologiste de renom, développe la thèse selon laquelle le SIDA ne serait pas une maladie virale  :
Il est difficile de résumer l'argumentation extrêmement poussée qui nous est proposée ici. Cependant, pour ceux qui voudraient avoir une petite idée du contenu de cet exposé, je propose quelques lignes de ce que j'ai retenu. Que les spécialistes pardonnent mes erreurs éventuelles et se rapprochent de la vidéo pour les précisions !

1.- Contrairement aux affirmations des chercheurs, on n'a jamais identifié de virus du SIDA. Le VIH n'existe pas.
Le bel oursin en couleurs muni de petits champignons qui a été proposé comme une illustration de ce prétendu virus vient d'une culture de laboratoire assez complexe.
On n'a jamais trouvé de virus du SIDA dans les organismes des malades, ce qui est quand même curieux.

2.- Le SIDA n'est pas contagieux. Ce qui semble évident s'il ne s'agit pas d'une maladie infectieuse. 
Les groupes à risques sont connus : les homosexuels et les drogués. Ils partagent des conditions de vie qui semblent les exposer à certaines pathogénies particulières, dont un Syndrome d'Immuno-Déficience Acquise, le SIDA. Il s'agit donc d'un ensemble de symptômes toujours les mêmes, qui constituent la maladie elle-même.
En Afrique, le syndrome en question est lié à la précarité des conditions d'alimentation et d'hygiène.

3.- La séropositivité n'est pas spécifique, donc ne signifie rien de précis.
Elle traduit une réaction de l'organisme à une agression, une agression que l'on n'a jamais liée à un virus en particulier. Les résultats du test montrent que l'organisme indique qu'il réagit mais ne précisent pas à quoi il réagit. 
Par exemple chez les hémophiles, sujets à de nombreuses transfusions, c'est la masse de protéines étrangères reçue qui peut déclencher la positivité du test.

4.- Les traitements mis en œuvre à très haute dose, sont violents et très iatrogènes  : ils perturbent l'organisme déjà affaibli. 
Les améliorations observées à la suite de ces traitements ne concerneraient que certaines pathogénies secondaires, qui elles semblent diminuer. 

D'autres aspects de la question sont exposés également dans cette longue vidéo.

Lorsqu'on en vient aux responsables de cette situation ubuesque : une maladie prétendue infectieuse et contagieuse sans cause microbiologique, le docteur de Havren nous explique comment de grands groupes financiers liés aux laboratoires mondiaux ont pu influencer les organismes de la santé, ou des instances gouvernementales à l'occasion d'élections coûteuses généreusement sponsorisées, pour faire admettre leurs thèses et ainsi vendre leurs produits sur un marché d'ampleur planétaire.
Les médias ne sont pas épargnés, qui sont supposés obéir aux ordres des grands demandeurs de publicités que sont les laboratoires pharmaceutiques.
Coluche disait déjà, et on peut le comprendre de différentes façons :
— Le SIDA est une maladie "médiatique".

Voilà, en gros, ce que j'ai retenu de la vision de cette vidéo. Je dois vous avouer que, malgré le risque d'avoir reçu une nouvelle désinformation, malgré la menace d'une nouvelle théorie du complot, j'ai été assez troublé. 
Si cette thèse est véridique, j'ai une pensée toute particulière pour tous les malheureux qui ont vu leur vie de famille brisée, leur position professionnelle menacée. Il y a eu des cas de suicide, de déchéance, des vies bouleversées par la culpabilité et le remords.
Et ça, on ne pourrait pas le pardonner.
 

dimanche 16 juillet 2017

Le Ciel va plus vite que le Soleil !


Ce titre, un peu provocateur, va nous permettre de mettre en évidence quelques secrets de notre univers, quelques uns de ces phénomènes dont nous ne faisons pas cas habituellement, car ils n’influent pas directement sur notre vie de tous les jours.

Ces révélations vont expliquer de façon simple le déroulement du calendrier annuel, en montrant comment le temps et l’espace se sont accordés pour l’éternité, en devenant complices, sinon proches parents…

Généralités
Il est commode, pour l’homme qui observe le ciel, de faire comme si la Terre était immobile et que le Ciel et les astres qu’il abrite tournent autour de lui.
Depuis Galilée, nous savons que c’est faux, et que c’est la Terre qui tourne autour du soleil. Quoi qu'il en soit, nous voyons le soleil et les autres astres en des endroits du ciel variables. Mais avec l’impression que nous sommes le centre immobile du Monde, nous les observons parfois levants, ou bien près du méridien, ou encore couchants, prêts à disparaître derrière l’horizon.
Mais continuons à faire comme si…

Les différents types d’astres
Pour mieux comprendre ce qui suit, il est nécessaire de classer les astres en fonction de leur comportement.
- Nous connaissons bien le rythme du Soleil, qui réalise des cycles de 24 heures. On parle de rythme circadien, et chaque période de 24 heures ainsi définie porte le nom de nycthémère. L’utilisation de ce mot évite une confusion entre le jour (du calendrier), et le même mot pour indiquer la période de la journée pendant laquelle nous bénéficions de la lumière solaire, comme dans la formule suivante : « en hiver, les jours sont plus courts ».
Le soleil se « déplace » dans une zone céleste inchangée, une ceinture de 360° appelée écliptique. Dans cette zone se trouvent également des étoiles dont la position est fixe par rapport à l’écliptique, un peu comme si elles indiquaient les crans de la ceinture.

- La Lune nous est familière également, avec ses phases bien connues des jardiniers, des marins et des bucherons. Nous la retrouvons à chaque nycthémère, sauf pendant la période dite Nouvelle Lune. Son aspect changeant est de nouveau le même après un cycle de 28 jours, le cycle sélénien.

- Les Étoiles, elles, semblent épinglées sur la voûte céleste. Elles gardent les mêmes dispositions avec leurs voisines, au point que depuis la nuit des temps, on a donné des noms à leurs groupements les plus caractéristiques : les constellations. Ce sont des ensembles d’étoiles assez proches entre elles qui dessinent par leur disposition, des formes géométriques, où les anciens ont parfois cru reconnaître des silhouettes animales, D’où leurs noms, plus poétiques que réalistes.

L’observation du ciel
Vous êtes-vous demandé pourquoi le ciel nocturne n’est pas le même tout au long de l’année, pourquoi certaines constellations sont visibles en hiver, et d’autres uniquement en été ?
En voici l’explication : si le soleil me dit par exemple qu’il est 23 heures, et que j’aligne — toujours vers le Sud — deux repères avec une étoile, le lendemain, à la même heure, je verrai cette étoile un peu à droite de mon alignement de la veille.
Les astronomes nous diront qu’elle est passée exactement dans l’alignement à 22 heures 56, soit avec 4 minutes d’avance. Le cycle quotidien des étoiles est donc de 23 heures 56 et non de 24 heures. C’est pourquoi, les observatoires astronomiques sont équipés d’horloges spéciales, qui jalonnent le temps en périodes quotidiennes de 23 heures 56 solaires.

Ainsi, en regardant vers le Sud plusieurs jours d’affilée, on s’aperçoit que les mêmes étoiles sont visibles chaque nuit, mais une observation soutenue va nous montrer qu’elles se déplacent légèrement toutes ensemble, avec le fond du ciel. D’une nuit à la suivante, elles nous apparaissent un peu plus à l’Ouest, à la même heure.

Vous aurez compris maintenant le titre de cet article. En effet, si les étoiles (avec elles la voûte céleste observée vers le Sud, telle que nous l’appréhendons) se déplacent chaque jour vers l’Ouest lors d’une observation faite à partir du même endroit terrestre, et à la même heure, c’est qu’elles vont plus vite que le soleil. Car c’est le soleil qui donne l’heure, rappelez-vous !

Nota 1 : Si l’on regarde vers le Nord, on aura vite fait de repérer l’étoile Polaire, pour s’apercevoir qu’elle ne change pas d’emplacement, contrairement aux constellations qui l’entourent, qui « tournent » autour d’elle avec le temps qui passe.
Nota 2 : Je n’ai pas parlé des planètes, enfants chéris des astrologues, ces « astres errants »,  comme disaient les Grecs, car leurs trajectoires sont irrégulières.


Conséquences de cette différence de vitesse 
- Il est facile de calculer que ce retard du soleil de 4 minutes par jour deviendra 24 heures au bout d’un an, soit un nycthémère entier.
L’année solaire devrait compter environ 365, 2422 jours, et non pas 365. La constatation du retard pris par le Soleil, a conduit les hommes à faire intervenir, environ tous les 4 ans, des années dites bissextiles, allongées d’une journée*, pour compenser ce retard. 

- Une conséquence évidente de ce décalage est que — si on pouvait les observer de jour — on constaterait que les étoiles voisines du soleil ne sont pas les mêmes au cours de l’année. En effet, pendant cette période annuelle, le soleil est dépassé successivement par toutes les étoiles qui se trouvent près de sa trajectoire écliptique, pour se retrouver dans la même compagnie un an plus tard.
Donc, les étoiles qui accompagnent le Soleil changent avec le temps qui passe, et ceci nous pouvons le constater avec seulement 12 heures d’écart. Ainsi, si je suis le 20 décembre au milieu de la nuit, je peux voir la constellation d’Orion. Laquelle ne sera plus visible au milieu de la nuit après quelques mois, à cause du décalage entre étoiles et Soleil : cette constellation aura continué à avancer l'heure de son passage.
Déjà au bout d’un mois, le soleil aura subi un décalage de 30 ° par rapport au fond du ciel, donc par rapport à l’écliptique (cette ceinture garnie d’étoiles qu’il parcourt), puisqu’après 12 mois il se retrouvera à son point de départ, 360° plus tard. Il sera à nouveau auprès des mêmes étoiles qu’un an auparavant. Donc, chaque mois, le soleil sera dans un secteur différent de l’écliptique, un secteur de 30°.
Il aura franchi ainsi 12 secteurs de 30° chacun au cours de l’année.

Parvenu à ce point de l’exposé, nous découvrons une conséquence extraordinaire de cette différence de rythme entre le soleil et les étoiles : si le Soleil est chaque jour de l’année dans un secteur de l’écliptique différent — et bien sûr, de la même façon chaque année — , alors en examinant dans quel endroit de sa course se trouve le soleil, on peut connaître la date ! Si le Soleil se trouve en compagnie de telles étoiles, c’est qu’il est telle date ! La conclusion est fabuleuse : l’espace est devenu un index du temps !
Je ne sais pas si vous appréciez comme moi la magie de ce phénomène, mais avouez que pouvoir constater l’existence d’une complicité totale entre  l’espace et le temps — ces deux "paramètres" singuliers — est une chose stupéfiante !

L’astrolabe, instrument magique !
- Des astronomes, des savants, des religieux peut-être, ont utilisé ces observations pour construire l’astrolabe, un appareil étonnant, qui permet entre autres fonctions, de connaître la position de certains astres, de quelque point du Monde que ce soit, et ceci à n’importe quelle heure du nycthémère. Il suffit de programmer la date, l’heure, et la longitude du lieu.
Sur leur instrument, les astrolabistes ont dessiné un cercle représentant les 12 cases de l’écliptique. Pour se rendre plus proche des coutumes de l’époque, ils ont donné à ces cases, les noms des 12 constellations de l’écliptique, qu’on appelle alors les signes du Zodiaque**.


Astrolabe classique.

On y distingue le tympan, portant les 24 heures et les lignes d'horizon selon la latitude, l’araignée, mobile, graduée des 12 signes du Zodiaque (montrant aussi la position des étoiles les plus prestigieuses aux extrémités des pointes), et la réglette, mobile également,
permettant de programmer la date et l'heure.


Astrolabe médical Lavier - Production D.C. Ottavi

L’araignée ne comporte que les 4 étoiles désignées par la médecine traditionnelle pour représenter les 4 Éléments symboliques : Bois, Feu, Métal, et Eau. Le cinquième, la Terre, étant l’Élément de référence, donc stable, ne figure pas ici parmi les variables.


Chacune de ces cases représente donc en unité d’espace 30°, et en unité de temps 1 mois environ, composé de 3 décans. Connaissant l’heure solaire et la date — pour une longitude terrestre donnée — il est facile de fixer la position du ciel grâce à l’araignée de l’astrolabe, qui comporte déjà la position relative des astres principaux. Sur l’astrolable Lavier, les 4 petits triangles noirs.




Tableau de correspondance entre les longitudes écliptiques (positions spatiales
d’un astre sur l’écliptique), et les dates (c'est-à-dire positions du Soleil au cours de l’année).
 Les signes du Zodiaque, ont ici un rôle spatio-temporel.


Ainsi cette représentation schématique de l’écliptique sous la forme des signes du Zodiaque, acquiert une fonction double en réalisant l’exploit de servir à la fois d’unité temporelle (les mois de l’année), et d’unité spatiale (les graduations de l’écliptique).
En se référant à un tableau de correspondance entre les longitudes écliptiques, les signes du Zodiaque, et les dates, on devine pourquoi un astronome dira par exemple d’un astre, qu’il se trouve à 140° de longitude écliptique, alors que l’astrologue parlera de 2è décan Lion. Pour ce qui est de la date, on le guettera vers le 15 août.

Cette fonction extraordinaire de l’astrolabe lui permet de donner la position des astres recherchés, à l’instant, ou à n’importe quel moment du passé ou du futur.
Nous savons que l'astrolabe peut répondre à deux sortes de problèmes:
- comment est le Ciel à tel instant ?
- à quel moment le Ciel présentera-t-il, ou a-t-il présenté dans mon firmament***, les astres que je cherche ?
Un sujet supplémentaire d'étonnement apparaît ici : à une question posée en termes de temps (nous sommes à un instant donné), l'instrument va répondre en termes d'espace (le Ciel a telle disposition); à une question concernant l'espace (un aspect précis du Ciel), il donnera une réponse temporelle (à tel moment).
On peut dire que l'astrolabe est l'instrument spatio-temporel par excellence.

Je ne sais si nos grands ancêtres, et parmi eux les savants, les sages, les prêtres, avaient une connaissance intuitive de la position des corps célestes à toute heure du nycthémère, mais il faut bien admettre que cette faculté nous est refusée. L’astrolabe, par la magie de sa conception, par le miracle de la nature cosmique, nous offre — à nous pauvres humains quelque peu dégénérés — la merveilleuse possibilité de prendre connaissance de la position des astres les plus importants, à quelque moment que ce soit. Qu’il fasse jour, que le ciel nocturne soit couvert ou trop pollué par les lumières artificielles, l’astrolabe peut nous informer avec précision de la carte du ciel. N’est-ce pas merveilleux ?

Et ceci, parce que les étoiles vont plus vite que le Soleil…

Ainsi, une attention toute particulière, portée sur des éléments peu concernés par notre vie trépidante, comme ceux qui concernent le ciel qui nous entoure, ou le calendrier qui nous emporte, peut nous permettre de nous pencher — avec regret parfois —, sur la condition de l’homme traditionnel, composante légitime du cosmos, qui  partageait de facto un univers serein, familier et complice, jusque dans ses deux paramètres essentiels, le temps et l’espace.




P.S.- Je développerai plus tard, le mode d’emploi de l’astrolabe et son usage en médecine chinoise, lorsqu’elle applique les règles de l’uranologie****.

(Article spécialement dédié à Didier).





* Pour de plus amples détails sur le calcul des années bissextiles voir :

** Chacun sait que les cases de l’écliptique nommées d’après les signes du Zodiaque, ne correspondent plus aujourd’hui avec la constellation réellement présente sur cette partie de l’écliptique. À la suite du phénomène de précession des équinoxes, le décalage est d’environ un signe et demi.
Cependant, ceci n’a aucune importance, car le nom donné aux 12 cases n’intervient pas comme une donnée dans la recherche. On aurait pu, tout aussi bien, attribuer aux cases des numéros, des noms de fleurs, d’oiseaux ou de couleurs, par exemple. Mais il semble que les astrolabistes, aient tenu, au cours des siècles, à conserver ces dénominations obsolètes et inexactes, plus folkloriques que traditionnelles.

*** Firmament : portion de la voûte céleste visible pour l’observateur.

****Voir à ce sujet mes articles :
http://leblogadoch2.blogspot.com/2015/03/luranologie-chinoise-est-de-retour-la.html

samedi 1 juillet 2017

Dans mon jardin, 2017

Chaque saison amène son lot de spectacles naturels, qu'ils soient météorologiques ou biologiques, je ne puis résister au désir de tenter de les pérenniser par la photographie. Et à celui de vous les montrer.

La cigale, sans la fourmi

Cette fois, je suis arrivé trop tard pour voir cette cigale s'extraire de son carcan. Elle vient juste de finir d'en sortir son abdomen et, tout de vert vêtue, commence à se "déplier". C'est surtout au niveau de ses ailes que la transformation va avoir lieu.

Photo DCO

Elle restera plusieurs heures collée contre sa vieille carapace de laquelle elle va tirer son premier repas, en aspirant avec sa trompe le liquide brunâtre qui le tapisse.
Lorsque ses ailes auront atteint la perfection et que sa couleur aura viré du vert au beige/gris, elle s'envolera pour une courte destinée.



Son cycle est curieux : la femelle fécondée — attirée par le chant du mâle, seul capable de donner de la voix —  ira bientôt pondre quelques centaines d'œufs sous l'écorce d'une herbacée ou d'un arbre. La ponte se fait par petits paquets, à raison de un tous les centimètres.
Les larves issues de ces œufs descendront vers la terre où elles s'enfonceront pour des années, et s'y nourriront de la sève puisée dans les racines. On parle d'un séjour de 10 à 17 ans.
Un beau jour d'un début de saison chaude, elles sortent de terre en laissant voir un trou de plus d'1 cm de diamètre. Sous l'aspect de pupes, elles grimpent sur un support et  s'y arrêtent. D'une fente de leur dos elles laissent sortir une cigale comme la nôtre, prête à chanter si elle est mâle, à faire l'amour, et à mourir à la fin de l'été.
On comprend mieux pourquoi la cigale ne se préoccupe pas de faire des provisions pour l'hiver...





samedi 24 juin 2017

De la ténacité des objets et de la beauté de Virginie...

Dans un article passé, je vous faisais part de l'arrivée dans mon monde mécanique d'un nouvel outil, un outil commun, mais dont je m'étais passé pendant 70 ans d'automobilisme : un compresseur d'air fonctionnant sur le 12 volts.
Cette arrivée ne s'est pas faite dans le calme et la sérénité, et elle a montré l'entêtement des objets à parvenir à leurs fins.
Jugez-en plutôt...

Un magasin allemand près de chez moi a pour curieuse habitude de proposer des articles à la vente pendant un temps limité. Un jour, en allant y chercher un genre de pain particulier qu'ils appellent ciabata, je tombe sur une console pleine de compresseurs fonctionnant sur la prise allume-cigare des automobiles.
Je n'ai jamais considéré cet outil comme indispensable, ni même utile, à moins d'être victime une nuit pluvieuse d'hiver, au fin fond du monde civilisé, d'une crevaison lente, un cas rarissime où il se révèlerait alors miraculeux, en permettant de continuer sa route sans passer par le changement de roue.
Mais cette fois, ce joli petit engin, avec son gros manomètre, et avec l'air sérieux des objets fabriqués en Germanie, avec son prix ridicule de 17,85 €, me fait de l'œil et décide de rentrer avec moi.

Bon, il est tellement faiblard le pôvre, que la notice conseille de le mettre en route avant de le coopter à la valve : pour qu'il prenne son souffle sans doute.
Je vérifie la pression des pneus des deux autos de la maison, de ceux de la moto. C'est amusant, le moteur crachote ses petites bouffées d'air comprimé qui réussissent vraiment à faire monter la pression. Au fond, c'est tout ce qu'on lui demande.

Mais quelques jours plus tard, voulant comparer les indications de son manomètre avec le cadran d'un ancien appareil de lecture de pression, je suis dans l'impossibilité de le faire démarrer. Vérification du branchement et tapotements dans le dos ne le guérissent pas, il refuse de travailler.
Je récupère mon ticket de caisse et téléphone à Lidl où une dame me donne la marche à suivre pour faire jouer la garantie : envoyer un e-mail au fournisseur, ou lui téléphoner.

—" Bonjour, mon compresseur est en panne, que dois-je faire?"
Réponse rapide d'une jolie jeune femme — je dis jolie jeune femme, car je préfère l'imaginer comme ça, plutôt que vieille, obèse et moustachue. En plus, elle me dit s'appeler Véronique. Peut pas être moche la Véronique...
— "Bonjour, nous vous envoyons un article de remplacement".

Et qu'est-ce que je fais du premier?

Quelques jours plus tard un livreur dépose une boîte qui tiendrait deux fois dans un emballage de chaussures. Je déplie les protections pour découvrir une poignée de débris noirs et de pièces chromées vagabondes.
C'est juste la fiche pour l'allume-cigares qui est en mille et un morceaux. Curieux quand même, car la boîte ne porte aucune trace de chocs.

— Bonjour Véronique, je n'ai pas de chance, la prise pour l'allume cigare...
— Pas de problème, je vous envoie un article de remplacement.

Et qu'est-ce que je fais du deuxième?

Quelques jours plus tard, alors que nous rentrons après une courte absence, la dame dont je partage la vie, assise à mes côtés, me parle du colis qui a dû retourner au dépôt si le livreur a trouvé porte de bois.
Le nez de l'auto contre le portail automatique, j'appuie sur le zap. Joseph — c'est ainsi que j'appelle le mécanisme d'ouverture — fait majestueusement béer sous nos yeux béats et toujours admiratifs, les ventaux métalliques.
L'auto retrouve le dallage familier de l'allée, et soudain, sursaute comme si elle chevauchait un obstacle inattendu.
— Bon sang, mais c'est bien sûr! C'est le colis, qu'un désinvolte livreur a jeté par-dessus le portail en notre absence! Mon compresseur! Il doit être beau maintenant! 
La boîte ressemble maintenant plus à un pan bagna qu'à un colis de matériel sensible.

— Véronique, ma belle, il faut que vous me croyiez, le livreur...
— Ne vous tracassez pas, l'article de remplacement part demain matin.

— Et qu'est-ce que je fais du troisième?

— Cette fois, je dois vous demander de remettre le colis écrasé au livreur qui passera le chercher. Nous règlerons ce sinistre avec le transporteur.
— Et j'en profiterai pour lui dire ma façon de penser à propos de sa façon d'agir, n'est-ce pas?

Cette histoire a-t-elle une morale ? Mais de nos jours, on ne parle plus de morale, on va d'ailleurs certainement  lui trouver bientôt un autre nom comme pour les concierges, les instituteurs, ou les facteurs. Alors, passons. 
Appelons ça des commentaires :
- félicitations au marchand, pour son service après-vente si généreux. Mais quel doit-être le prix de revient réel de cet article?
- regrettons la fragilité de certains composants de cet appareil, comme la matière plastique noire qui compose la prise allume-cigare;
- fustigeons les livreurs désinvoltes, farfelus et paresseux, bien sûr;
- et enfin, remercions le hasard des choses de s'être attardé chez un bricoleur, la suite vous dit pourquoi.

Le premier compresseur en panne a été démuni de sa fiche qui a été soudée sur le compresseur amputé de la sienne. Ce qui fait un compresseur fonctionnel de secours, ah, ah!
Plus tard, par curiosité, ce compresseur en panne a été démonté, et, devinez quoi? C'est la même matière plastique noire qui sert de boîtier au petit interrupteur de mise en route et ce dernier est carrément explosé. Un interrupteur clône, trouvé sur une ancienne imprimante, le remplace. Et bingo, un second compresseur de secours-bis, à condition de lui trouver une prise mâle pour l'allume-cigares.

Le quatrième compresseur — le bon, le vrai, le méritoire — n'a rien de cassé, et fonctionne tellement bien qu'il m'a sauvé la mise lors de mon aventure mansonnienne, dont je vous parlais au début.

Je ne sais pas si le fournisseur de Lidl a les mêmes ennuis avec tous ses compresseurs. Si c'est le cas, la maison doit frôler la liquidation...

Et moi, j'ai un compresseur dans chaque auto, et un à l'atelier qui fonctionne en appuyant les fils sur les bornes d'une batterie, en attendant de lui trouver la bonne fiche.

Je vous aime, Véronique!


Nota : Les lecteurs attentifs auront noté la distraction de l'auteur qui a confondu pendant un temps la belle Véronique avec une Virginie, sortie d'on ne sait où...
Les noms de femmes sont comme ceux des fleurs, impossibles à retenir.
C'est décidé : je ferai dorénavant comme Crocodile Dundee, je les appellerai toutes Géraldine... 




vendredi 19 mai 2017

Crise... d'accélération.

Voici ce que j'écrivais pour un forum, il y a quelque temps, au retour d'une virée motocycliste en Corse :


Parce que la plume me démangeait, parce que je déguste encore les bons effets de ma balade corsoise, parce que j'avais besoin de mettre noir sur blanc mes récentes émotions motocyclistiques, je vous propose ce texte futile. 
Je vous demande de le lire comme s'il était au second degré, et surtout, de ne pas le considérer comme une leçon de conduite. 
Entrez dans le délire avec moi, dans ce petit voyage dans l'excès, au cours duquel vous n'aurez pas le temps d'admirer le beau paysage qui nous entoure.
Mais on ne peut pas tout avoir...  



Faut-il soigner les crises d’accélération?



Attablé à la terrasse d’une brasserie sur le port d’Ajaccio, avec mes compagnons motards, en attendant l’heure de l’embarquement, je revis en pensée les trois jours que nous venons de consacrer à parcourir les routes de Corse. Des émotions subsistent, qui sont bien sûr visuelles, mais aussi olfactives (l’odeur du maquis), sensibles (la fraîcheur au goût d’ozone au passage près des torrents), physiques dans la maîtrise de la moto lors des runs à vitesse soutenue...



Parlons-en justement de ces petits sprints exaltants, sur ces routes désertes qui savent nous séduire dans leurs portions les plus belles, lorsqu’elles se glissent dans un revêtement de fête comme dans une robe de gala, en arrondissant leurs courbes sensuelles...  



Nous savons que généralement en Corse, la plupart des petites routes sont parcourues à des vitesses très modestes, à cause des facteurs locaux défavorables comme les nombreux virages à court rayon, qui quelquefois se ferment sans prévenir, à cause aussi des animaux errants — ou carrément couchés sur la chaussée — des plaques de terre amenées par les dernières pluies, ou des pierres récemment tombées...

Tout ceci fait que l’aiguille du compteur peut rester longtemps entre 30 et 60 à l’heure, — entre les chiffres 7 et 10 d’un cadran qui serait horaire — sans que nous en éprouvions de frustration, car il est normal de régler sa vitesse en fonction des conditions du moment.



Si l’on veut profiter des reprises si exaltantes de la Seven Fifty* — qui, bien sûr, “tourne comme une horloge“ — on peut alors augmenter le rythme. On parviendra à se faire plaisir, tout en restant prudent dans les virages masqués, en alternant l’usage de la poignée d’accélérateur et des commandes de frein, et en les brutalisant quelque peu. Dans les courtes lignes droites, grâce à la puissance du moteur, on atteindra des allures qui paraîtront élevées, mais qui dépassent rarement le 80... En réalité, on aura l’impression d’aller bien plus vite, car ces routes étroites augmentent l’impression de vitesse.



Mais il est fort possible que, parfois, cette option timide et trop raisonnable ne nous suffise pas.

Plongeons-nous un instant dans l'examen de ce qu’a été notre état d’esprit lors de nos activités en général, ou lors de nos nombreuses séquences automobiles ou motocyclistes : nous avons tous connu des moments où rien n’allait de soi, et où par suite, la conduite d’un engin à moteur ne se passait pas aussi harmonieusement qu’à l’accoutumée : mauvaise synchronisation dans les gestes, des petites maladresses dues à la distraction, et en finale, peu de satisfaction.

Par opposition à ce cas de figure, la vie nous réserve à l’occasion, sans que l’on sache pourquoi, des moments de gloire qui permettent l’exploitation maximale de nos capacités, et font que la conduite — ou d’autres de nos activités — se passent dans une facilité dérisoire, comme si tous les composants de notre individualité s’étaient accordés pour nous autoriser à atteindre la perfection. Quel que soit le travail ou le jeu du moment...



Pour moi, ce sont ces instants résultant de divers facteurs, plus ou moins évidents, plus ou moins formulés, aidés par le bon état de ma conscience (et/ou, en l’occurrence, celui de la route), qui finissent par ouvrir la porte au démon : je sens qu’il m’envahit petit à petit, et s’insinue finalement jusque dans mon poignet droit, qui aura soudain une curieuse tendance à se mettre en hyper-extension. Ne voilà-t-il pas que cela se traduit par une accélération involontaire : la moto rugit et se cabre pour un temps, avant que je ne parvienne à la faire plonger de l’avant dans un freinage sauveur, car le virage est arrivé si vite... Ce saut dans l’espace, qui a provoqué une émotion agréable dans une grosse giclée d’adrénaline, est une invitation à recommencer... Aussi, me dis-je, “dès que j’aurai passé le prochain point de corde, je monterai plus haut dans les régimes, et je sais que je peux encore raccourcir ma zone de freinage en mettant toute ma force dans le levier de droite, en m’aidant aussi du frein arrière, même si je dois la terminer roue arrière bloquée et moto en travers, comme un débutant...“.



Oui! C’est ça!... D’abord, je fais tout pour que ça accélère vraiment fort, et je sais pouvoir compter sur les freins, qui sont au top, comme mes nerfs. Exactement comme un demi-siècle en arrière, en rallye au volant de ma berlinette Alpine : la réalité d’aujourd’hui s’estompe dans un bonheur balistique retrouvé, celui de la ruée vers l’avant, de la trajectoire efficace, de l’accélération précoce et du freinage tardif. Celui en somme, de la course de l’espace contre le temps... 
Une course qui ne fait jamais de vainqueur, dont on ne connaît jamais le perdant. Une course éternellement attirante, que les hommes ignorants, mais avides de record ou de plaisir, désignent sous le terme de vitesse, exprimée en kilomètres/heures, cette curieuse mitonnade d’unités qui ne parlent pas la même langue. Aujourd'hui, au guidon de mon destrier, la vitesse n’est que relative, et au lieu d’un chiffre, ce n’est qu’une sensation, dont la qualité augmente en fonction des difficultés de la route.



Dans la ligne droite qui suit, je n’ai plus personne dans mes rétros. Qu’importe, j’ai choisi le mode “seul au monde“ pour un temps.



La route est encore très belle, et les courbes qui s’enchaînent usent de tout leur charme pour me séduire.  La moto lève le nez dans sa course démente, qui accélère encore et encore, et à la fin du bout droit, l’aiguille blanche du tachymètre indique midi passé... Puis la fourche s’écrase brusquement au freinage, encore et encore. Mon esprit est en alerte rouge, mon corps est hyper-efficient, mes gestes se coordonnent et se succèdent harmonieusement dans une perfection réconfortante. Les rapports de vitesse alternent comme dans du beurre, les violentes accélérations au son charmeur m'arrachent aux virages et précèdent les ralentissements d’enfer, faits de l’association de la descente des rapports en cascade et de l’extrême sollicitation des freins, qui bloquent les coudes et poussent le bassin vers le réservoir. Ensuite, au mitan du virage, c’est la prise d’angle, toujours émotionnante, qui ouvre en grand la pompe de reprise des surrénales. 
La moto et moi ne faisons qu’un, qui continue, tout seul, dans le souffle rauque du moteur, dans le vent de la course, dans un futile avatar d’une extase inavouée. 


La tension ne baissera qu’après de longs kilomètres, réduits à presque rien par le petit bonheur du moment qui a modifié le temps comme la distance. C’est vrai que l’exercice m’a plongé dans un plaisir indicible, dont le goût sucré perdure.



Je me relève et ralentis, en me préparant à entendre bientôt mes comparses me rejoignant, grommeler sous leur visière des commentaires affectueux à propos de “certains petits vieux qui se prennent pour Agostini“...  et “qui ne feraient pas ça si leur femme le savait“... Des mots qui font sourire et renforcent l’amitié entre gens de bonne compagnie.

Des gens comme ceux qui, dans le respect ancestral qu’on réserve aux génies et aux fous, ont fait semblant de ne pas pouvoir me suivre...



L’est pas belle la vie qui me reste ?



Dominique C. Ottavi, mai 2015. 
Reproduction interdite, bien sûr.


*Les motards remplaceront par la marque de leur moto...