le blogadoch2

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vendredi 24 août 2018

Marine à voile et Tradition...


Comment le symbolisme et l’utile se rejoignent… Hasard ou nécessité ?



Pour mieux concevoir, mieux expliquer, et mieux transmettre, l’homme a toujours ressenti le besoin de symboliser les notions difficiles à manipuler, comme celles qui nous concernent aujourd’hui.
Il y a quelque temps, je vous faisais part* de l’utilisation dans les constructions, par les ouvriers initiés du passé, de formes symboliques ayant un rapport avec les principes de la Tradition primordiale.

Je vous racontais comment le cercle, le carré et l’octogone, sont les trois formes qui ont permis à l’homme, en représentant symboliquement la hiérarchie Ciel-Homme-Sol de conforter sa place légitime entre le Ciel qui le domine et le Sol qu’il maîtrise, et de tenter ainsi, dans ses créations, de respecter la meilleure harmonie avec la manifestation** dont il est l’un des protagonistes.

Pour illustrer différemment le contenu de cet ancien article, voici une anecdote historique, ayant un rapport avec l’aventure de la marine à voile.


Un petit rappel

Revenons un instant à la grande Tradition. Nous savons que les principes primordiaux à l’origine de cette dernière, avaient été “suggérés“ à l’homme par l’observation de la nature***. Les événements célestes, rythmés comme la succession du jour et de la nuit, le déroulement répété des saisons, l’avaient poussé à sacraliser le Ciel, élément remarquable par sa puissance.



- Le Ciel, représentant la qualité, sera traditionnellement symbolisé par un cercle, qui mieux que toute autre figure, schématise la course cyclique des astres autour de nous, selon un rythme régulier. Un cercle est également l’élément d’une demi-sphère, comme nous apparaît la voûte céleste, au-dessus de nous.



- Par opposition, c’est le carré qui symbolise le Sol, qui lui est  quantitatif. C’est l’Espace de l’Homme. Les exemples les plus marquants en sont les limites de son champ, les angles de sa maison, les 4 directions cardinales, tous éléments universels et indiscutables de l’étendue.



- L’octogone est sans doute la seule des trois figures à devoir quelque chose à la réflexion, plutôt qu’au seul constat. On imagine bien qu’elle convient mieux qu’un pentagone ou qu’un heptagone pour figurer le terme moyen, à mi-chemin entre le carré et le cercle, lui-même considéré dans toutes les traditions comme soumis à un système duodénaire (à base de 12).

Nous avons donc :

4 + 12 = 16

et 16/2 = 8

La suite 4/8/12 est donc légitime.

Et par suite, la disposition hiérarchique de ces symboles géométriques est toute définie : le cercle représentera le haut et le carré le bas, alors que l’octogone figurera le plan moyen.

On devine sans effort ce que permet ici l’application de l’analogie : le cercle représentera le Ciel, le carré le Sol et l’octogone, l’Homme, réellement situé entre les deux.

 



Dans le précédent article, nous avons vu des exemples de constructions réalisées selon cette hiérarchie, des églises, des fontaines, des tours, par les ouvriers qui avaient la Connaissance des lois de la Tradition, et pouvaient les appliquer dans leurs œuvres : c’était le cas des Compagnons, par exemple…



Venons-en à la marine à voile.

Les bateaux au long cours les plus répandus au temps passé, étaient les voiliers dits “à phares carrés“ (à voiles carrées, comme les caravelles, les frégates…). C’étaient les bateaux de commerce, ou ceux des pirates, ou encore ceux des explorateurs. Ils étaient fabriqués par des ouvriers souvent initiés, qui savaient les secrets permettant d’assurer une certaine harmonie entre l’objet construit et le cosmos, en appliquant les Lois du Ciel



 
L'Hermione 




Nous allons voir que très curieusement, le symbolisme et le pragmatisme se rejoignent dans cette création utilitaire que constitue la construction d’un voilier, fut-il le plus rudimentaire qui soit. Ce qui semble avoir été le cas de ces navires, la plupart du temps construits hâtivement et grossièrement.

Sur les voiliers d’aujourd’hui, les mâts sont posés sur le pont et sérieusement haubanés pour résister à la force du vent.

À l’époque, les mâts étaient emplantés dans le fond du navire, dans une cavité cubique creusée dans la massive contre-quille. L’extrémité inférieure du mât était bien sûr ajustée à cette forme et taillée selon une section carrée, qui permettait une bonne tenue, et promettait la plus grande résistance aux efforts à venir.



La partie haute du mât recevait les voiles et les vergues, qui devaient pouvoir être orientées selon toutes les angulations possibles pour se prêter à la direction du vent. Il valait mieux que le fût soit, en cet endroit, parfaitement cylindrique, donc de section circulaire.



Un point important était constitué par la traversée du pont par le mât. Par gros temps le pont était balayé par les vagues et l’eau s’infiltrait par tous les espaces mal colmatés, comme celui qui aurait pu se trouver autour du mât. Imaginons notre mât jaillissant de la soute comme un arbre : à cause des légères déformations dues aux efforts exercés par le vent, il était très difficile de rendre la traversée du pont étanche.

Une solution consistait à coincer de l’étoupe ou des chiffons maintenus en place à l’aide de petites planchettes enfoncées en force autour du mât.

L’expérience a montré que la meilleure étanchéité était obtenue lorsqu’il avait été, pour l’occasion, sculpté en cet endroit selon une section polygonale. C’est la forme de l’octogone qui fut choisie. On peut imaginer qu’une section carrée par exemple, aurait présenté des angles trop marqués pour être convenablement calfatés. Une forme polygonale plus multiple aurait augmenté les exigences de précision, et aurait obligé à utiliser une plus grande quantité de planchettes, donc de créer plus de hiatus entre deux planchettes.

C’est l’octogone qui a été choisi.



Carré, octogone, cercle… le compte y est. Et dans le bon ordre ! Mais quels motifs avaient réellement présidé à ces choix ?

- était-ce le pragmatisme des constructeurs ? Parce qu’il fallait empêcher le mât de tourner dans son emplanture, parce qu’il fallait que les anneaux de ragage, les cordages, les bômes et les vergues se positionnent sans heurts dans toutes les positions exigées par la navigation ? Parce qu’il fallait à tout prix trouver un moyen de bien maintenir l’étoupe et éviter les intrusions de l’eau autour du mât ?

- ou bien était-ce une soumission à la Tradition ? Parce que le mât, symbolisant par sa verticalité l’Axe du monde, se devait, plus que tout autre élément du bateau, de respecter les grands principes, et porter en lui les symboles universels ? Des symboles qui, par leur présence sur cette partie importante du navire, par la hiérarchie subtile qu’ils contenaient, ne pourraient que favoriser une relation harmonieuse de l’homme avec les éléments sacrés du cosmos, avec les limites métaphysiques de la manifestation.



Comme vous devez vous en douter, je n’ai pas l’autorité nécessaire pour répondre à cette question. 

  





*Voir l’article :


** Manifestation : entité métaphysique qui désigne ce qui est contenu entre les limites Ciel et Sol, donc l’Homme, et les inter-relations qui existent entre eux trois.


*** Voir l'explication de ce fait dans la deuxième partie de l’article :


mercredi 8 août 2018

Ya p'Yuka... bien choisir ses aliments

Les personnes soucieuses de connaître le contenu exact de leur assiette seront ravies de pouvoir disposer d'un outil tel que YUKA, une excellente appli qui permet de prendre connaissance de la dangerosité de ce que les fabricants agro-alimentaires proposent.

Il suffit de scanner l'étiquette au magasin même pour lire la composition du produit. Les contenus péjoratifs sont notés sévèrement pour ce qui est des calories, des matières grasses, des colorants, des adjuvants, du sucre, etc.

À chacun de décider ensuite s'il passe outre et achète le produit même s'il est mal noté.
Voici un exemple :




Pour l'anecdote, je signale que j'ai acheté quand même la mayonnaise, n'étant pas affolé par les graisses ou les calories...
 
YUKA est un organisme indépendant qui utilise une base de données officielle. 
Pour de plus amples renseignements, il faut consulter, entre autres, le site suivant :
https://yuka.io/?screen=scan


Les différents scans sont conservés en mémoire dans le smartphone.


Ne faisons pas la petite bouche, et profitons de cette source de renseignements incomparable...
Bon appétit!


vendredi 6 juillet 2018

L'Autre qui parle...

  
Voici un texte dont l’écriture résulte de l’écoute de bruits qui ont circulé dans ma tête, un jour de l’automne dernier.
Le rythme en est soutenu, les coq-à-l’âne fréquents. Le temps est comprimé, au point que les alinéas n’ont plus droit à l’existence. Il faut entrer dans le flot des mots sans pouvoir choisir la mise en forme, sans aérer le texte, sans souffler. Normal, la Petite Voix intérieure ne s’arrête jamais pour aller à la ligne. Elle a un discours ininterrompu.
Au lecteur de prendre la décision de s’y aventurer. À lui de juger si faire la connaissance de cette matière présente un intérêt quelconque.


Je ne sais pas pour vous, mais il m’arrive de m’intéresser à ce qui se dit dans ma tête quand je ne fais rien. Si je me livre à une petite introspection (ou perception de mon intérieur), je me rends compte que Quelqu’un parle là-dedans. Il parle sans arrêt. Mais pourquoi formule-t-Il des phrases sans cesse? Ce ne sont pas toujours des idées, pas des propositions de réflexion, non, des phrases... Et Il dit et dit... Mais que dit-Il? La première chose que je constate, c’est qu’Il ne suit pas un plan ordonné. Il parle (mais parle-t-Il vraiment?) d’une chose et brusquement, paf, change de sujet. Par exemple en ce moment j’entends Francis Cabrel chanter. Il a cessé de parler de «mais qu’est-ce qu’il se passe dans ma tête?»... — Écoute, dit-Il : Francis chante «Petite Marie»...— Sympa. Ça me rappelle... quoi vraiment? Oui, une fois nous parlions de ce chanteur avec mon épouse... et, c’était quand? je ne sais plus. Peut-être qu’elle me reprocherait de ne pas m’en souvenir. Elle aime bien ce Gascon, son accent chantant (!) et son air romantique de Mousquetaire trompé de siècle. Le voici qui passe à autre chose, sans raison, et me signale que je n’ai pas donné de nouvelles à mon ami Robert, (très) mal-voyant que j’aide à publier ses écrits en langue occitane. Il écrit facilement et tape maladroitement. Je lui ai promis de jouer le rôle de correcteur. Mais pas pour l’Occitan, une langue que je ne connais pas. Alors, je rectifie ses maladresses de frappe dans les parties écrites en français, uniquement. Uniquement n’est pas le mot qui convient ici, à cause du nombre d’erreurs, car lorsque le voile noir de sa rétine descend sur le clavier de l’ordinateur et lui fait rater les touches, Robert en réalise 20 ou 30 par page... Son éditeur habituel se moque des coquilles et des fautes, il fonctionne comme un robot : «J’imprime, je vends, basta!». Je ne supporte pas cette attitude qui est une insulte aux lecteurs, qui sont des personnes suffisamment altruistes (ou inconscientes), pour aller jusqu’à donner de l’argent à des inconnus qui ont couvert de leurs élucubrations intimes des pages blanches qui n’en demandaient pas tant. Je crois que je serai son éditeur dorénavant. Les odeurs de cuisine arrivent jusqu’au bureau. Elles suffisent à orienter le monologue de Il : le dîner se fera («comme d’habitude» selon Claude François), à la cuisine, devant le petit poste de télé qui ne cessera de papilloter en changeant de chaîne, selon l’humeur de la ménagère. Et je surveillerai ses doigts, ne tournant mon visage vers l’écran que lorsqu’ils cesseront de danser sur les touches de la commande. Cette publicité à la télé. Horrible. À la même heure sur toutes les chaînes : la capacité de pouvoir zapper ne sert plus à rien. Le consommateur est cerné. Il n’a plus qu’à se rendre ou devenir hermite (ou ermite, on a le choix, dit la Petite Voix au correcteur automatique). Je crois plutôt que je vais juste me servir de cette constatation pour alimenter le flot de mes indignations. Lui : — La moto que tu restaures est bientôt terminée. — Dommage, c’est un loisir que j’aime, le bricolage. Mais ce ne sera jamais vraiment fini, car il n’est pas possible qu’une machine de plus de 30 ans se contente d’une peinture et du renouvellement de ses «consommables»... Elle ne sera pas encore prête à prendre une route sans aventures. Je suis sûr qu’elle va nous réserver quelques pannes ou pannettes, (c’est joli pannettes), de derrière les fagots. C’est une chance! Une chance surtout si ça n’arrive pas au bout de la route, un soir de pluie, sans relais pour le smartphone... Une chance, d’avoir une panne? Pourquoi pas? Le monde aseptisé d’aujourd’hui, qui veut nous formater, nous rassurer, et nous garder sains (pas par gentillesse, non, juste pour ne pas coûter trop cher à la Sécurité Sociale), ce monde-là n’est pas marrant. Pourquoi l’empêcher d’être parfois informel, aventureux, et aléatoire? Maintenant, Il mêle constats et sensations : j’ai les pieds froids sur ce carrelage d’automne. J’aurais dû enfiler mes vieilles chaussettes qui me servent de pantoufles à la maison. Je n’aime pas les pantoufles, surtout celles à gros carreaux de couleur, les Charentaises... Leur tiédeur caoutchouteuse encolle mes pieds de façon désagréable. Tiens, en Chine, dans tous les hôtels, on trouvait des mules en tissu ou peut-être en papier, dans une pochette transparente, des accessoires pour un ou deux voyages vers la salle-de-bain, plutôt que pour l’usage, d’une fragilité incroyable. Mais le fait est avéré... La Chine, inépuisable sujet, mystérieuse contrée, aujourd’hui encore à cheval entre son passé antique, merveilleux par bien des côtés, et le passé récent et agressif de la dictature maoïste... Jetée dans le monde de la modernité, et celui du capital. Qui l’attendait gueule ouverte et poings faits. Partageant ses outils entre ceux d’aujourd’hui (ceux de l’informatique), et ceux du paysan, telles ces araires du passé, tirées par des zébus indolents (à quoi pense un zébu chinois lorsqu’il tire une charrue?), et drivées par un aurige au chapeau conique. Une image visible depuis la moindre limousine ultra-moderne circulant sur une de ces routes de campagne revêtues d’une chape de ciment irréprochable, au lieu de bitume. Un revêtement de mortier lisse comme la main, aux bords parfaits et tranchants, se lançant parfois à travers les rizières comme une jetée vers la haute mer... Paysan par nature, et ouvrier industriel intérimaire par nécessité, le Chinois de la campagne qui attend le coup de fil éventuel de l’employeur sur son portable, n’est plus tout-à-fait celui des vieux livres d’images exotiques. Il porte encore le large cône plat sur l’occiput, mais comme il n’a pas d’électricité, il va chez son voisin pour faire recharger la batterie de son mobile. — Mais ton voisin-qui-a-l’électricité habite trop loin, lui fait remarquer la Petite Voix. — Oh, non! Il n’y a que 3 heures de marche. Un pays dont même les intellectuels et les chercheurs ne connaissent plus rien de leur avant, ont oublié leur histoire, et leurs merveilleuses sciences basées sur la Tradition primordiale et la métaphysique à l’état brut (celle de la Création), considérant à tort les taoïstes comme des religieux, alors qu’ils n’étaient que porteurs de l’idée du Sacré.... Mais, bons vendeurs, et faisant feu de tout ce qui n’est pas écrit dans le petit livre rouge, ils font tellement bien semblant, qu’ils trompent l’Occident, un Occident toujours plus attiré par la légende que par la réalité. Aller là-bas apprendre la médecine chinoise est une erreur et une hérésie. Car nous savons (nous, les récipiendaires de l’enseignement magistral de Jacques André Lavier) que les médecins chinois nous courtisent dans l’espoir de retrouver les sciences et les modes de pensée qui leur ont été enlevées par l’histoire, les Jésuites, la négligence, ou la force impérieuse de la pensée unique pendant 70 récentes années. — Te souviens-tu de ce groupe de jeunes Français si fiers d’avoir fait le déplacement jusqu’à l’université de Kunming pour apprendre la médecine traditionnelle chinoise à la source? Te souviens-tu de notre éclat de rire terrible, qui n’a pas été compris, quand nous sortions à peine de ces journées d’échanges à sens unique : les Occidentaux révélant aux intellectuels chinois, les secrets de leur propre médecine antique. La surprise de ces derniers, leurs multiples questionnements. Et les autres, là, les petits Français naïfs, victimes d’une légende, qui repartiront avec quelques banales recettes mille fois ressassées d’aiguillo-thérapie rudimentaire, plus poétiques que pragmatiques, enjolivées par la réputation légendaire de la Chine, par la distance, par un vocabulaire vernaculaire qui «fait» sérieux... Avec dans leurs bagages une pochette de «véritables aiguilles traditionnelles chinoises» torsadées à l’envers par ignorance — Mais tu sais, ajoute l’Autre qui parle, nos pays occidentaux ont fait exactement la même chose, et oublié la composante spirituelle de l’Être, le limitant, avec l’aide des scientifiques et des philosophes à une dualité «âme / corps», ou «affectivité / soma». La précieuse spiritualité qui nous relie à la Grande Unité devenant article obsolète n’ayant plus droit de cité. Il est l’heure du repas, me confie la Petite Voix en prenant le ton caverneux de mon estomac vide. Que va avoir mijoté Claude? Elle aura choisi simple et bon, comme à l’accoutumée. Je vous le raconterai à l’occasion...

«L’Autre qui parle», alias Il (il), alias la Petite Voix...








samedi 26 mai 2018

Le gant perdu

Je me suis trompé pendant plusieurs années, en pensant que cette nouvelle figurait sur le blog. Elle était restée en suspend après la pitoyable fin de mon premier blog, machiavéliquement organisée par Overblog.
La voici donc, ressortie des cartons. C'est maintenant une nouvelle "ancienne", si l'on peut dire. 



     Le 4-cylindres de la 750 ronronnait de sa puissante douceur habituelle. Sous les frondaisons cévenoles, et dans les bonnes odeurs champêtres, je laissais l'engin me bercer de ses vibrations veloutées, dans les balancements voluptueux que vous offrent avec tant de désintéressement, les petites routes secondaires.
     Devant moi, mon complice du jour allait. Malgré le casque, je percevais quelque peu les respirations particulières de son flat twin. L'allure était soutenue, mais pas sportive, nous offrant les avantages de la traversée facile de l'espace, combinés avec l'agréable décontraction qui accompagne une conduite coulée.
     Bien sûr, de temps à autre, lorsque par exemple, la chaussée se faisait plus lisse et les courbes plus harmonieuses, la tentation était trop forte de commettre quelques jolies trajectoires, bien tendues, bien penchées et bien enchaînées. Et nous pliait à son caprice.    
     Pour l'instant le rythme était plutôt celui d'une agréable communion avec l'espace, une réconfortante sensation de vivre intensément cette petite page de notre existence, d'une façon plaisante, dynamique et contemplative à la fois.
     Au loin, dans le bout de ligne droite, un objet au milieu de la chaussée. Tiens, bizarre,  normalement,  j'aurais dû entendre dans  l'interphone  quelque  chose comme : 
     — Attention, caillou!
     Bof, doit être dans la lune, il n'a pas dû faire attention… Mais ce n'est pas un caillou, c'est un gant. Un gant noir de motard, encore sculpté à la forme de la main.
     Il doit être déjà loin l'infortuné motard, qui va être contraint de jeter le gant restant, peut-être encore en bon état. Quoi de plus frustrant que de jeter un gant tout neuf, juste parce qu'il est séparé à jamais de son jumeau?  Et, généralement, on ne perd jamais qu'un seul gant, pas les deux. Alors, avant la séparation définitive, on range le survivant avec l'espoir ténu de peut-être retrouver l'absent.
     On ne peut quand même pas porter comme les gamins, un cordon qui les réunit par l'intérieur des manches! Perdre les deux, ce n'est pas possible, ça n'arrive jamais. Si le gars avait perdu les deux, je n'aurais pas hésité à les ramasser. Pour les rendre. Ou pour les garder peut-être, car comment retrouver justement le propriétaire?
     Mais s'il n'est pas loin, le perdeur, et que je le rencontre, je pourrais le lui rapporter, si je le ramasse… Et puis quoi, s'arrêter pour un gant unique? Est-ce qu'on s'arrêterait pour ramasser une chaussure, par exemple? Pour un bonnet, une casquette, un chapeau, je veux bien. Mais un objet séparé de son indispensable pareil, est perdu pour tous. Il est impossible de trouver deux gants semblables, en deux endroits différents. Il y a donc très peu de probabilités d'en reconstituer une vraie paire. Mais enfin, j'aurais peut-être dû...
     — Arrête de penser au destin des objets perdus, et profite plutôt du moment!
     Elle n'a pas tort, ma petite voix intérieure, car le temps de ces réflexions s'est écoulé en terme de distance, et maintenant, de toutes façons, c'est trop tard, l'objet perdu, ne sera pas trouvé, et il est déjà loin derrière.
     Nous continuons de rouler de longues minutes sur cette route déserte, accumulant toutes ces petites joies que vous accorde la balade à moto par beau temps dans un cadre agréable. Une vingtaine de kilomètres ont été parcourus depuis l'incident du gant. J'ai perdu de vue mon compagnon de route. Sans doute a-t-il accéléré après avoir succombé à une petite soif d'adrénaline, pendant que je rêvassais dans les derniers lacets du col.
     Justement, j'y arrive, au col, et je vois la BM vide de son cavalier, posée sur la béquille latérale, sur le large terre-plein. Lui, est allé jusqu'au milieu de la chaussée, se baisse et revient vers moi en tenant un objet dans la main :
— Regarde, j'ai trouvé un gant de motard!



vendredi 11 mai 2018

Les sources de M. Graminet ?

 Ce n'est pas parce que notre science a des limites, 
que le fonctionnement de l'univers 
doit se plier à ces limites.
(M. Graminet, alias D.C. O.).
 
Cet article fait suite à la nouvelle intitulée "Science fiction", qui vole son titre, comme vous le verrez... Allez vite la lire !**

Cliquez pour la nouvelle intitulée : Science fiction?
Et revenez nous voir...



Pour ceux qui sont au courant :

C'est vrai qu'on se demandait où le gentil M. Graminet était allé chercher tout ça.

Eh bien, sachez qu'au cours de ses incursions nocturnes sur le net, il lui arrive de tomber sur des vidéos pleines d'enseignements.

Malheureusement, la qualité de leur réalisation est déplorable : de mauvaises images, sans références ni dates, un mélange de dessins numériques et de vraies photos, des clichés mille fois vus, sans détails nouveaux, sans dimensions, sans lieux géographiques...
Et, cerise sur le gâteau, si vous avez eu la patience d'aller jusqu'au bout, vous vous rendez vite compte que, bien souvent, vers les 2/3 de la bande vidéo, on reprend depuis le début !*

Quoi qu'il en soit, la patience associée à un esprit critique solide, permet parfois de découvrir des bribes d'informations intéressantes, comme celles que vous trouverez dans la vidéo suivante, animée  par le célèbre ufologue et écrivain Jimmy Guieu, déjà averti du phénomène OVNI dans les années 50.
M. Graminet, ou son auteur, se sont sûrement inspirés de ce qui se dit à partir de la minute 41.
L'on entendra aussi s'exprimer M. Hopkins, le créateur du questionnaire-enquête, dont parle Alfred Leroux.


Sans rapport cette fois avec la nouvelle, quelques informations un peu confuses sur  cette autre  vidéo 
Vers la minute 45, sous les questions, le malaise de l'astronaute Claude Haigneraie est troublant. À la question :
— Au cours de vos missions, avez-vous été témoin de faits inattendus, étranges?
Après un temps, et avec une diction appliquée, elle répond quelque chose comme :
— Je n'ai pas vu quoi que ce soit qui aurait pu m'étonner.
Ce qui — vue sa gêne extrême — peut laisser entendre qu'étant avertie, elle n'a pas été étonnée de ce qu'elle a vu...

Voilà, M. Graminet vous laisse à vos recherches et à vos réflexions.

Mais le sujet des Extra-Terrestres, que personne ne veut aborder, n'est pas de ceux qui se ferment spontanément lorsqu'on n'en parle plus.



*Je me demande quel peut être le profil et la motivation des gens qui accumulent, en les mélangeant et en les dégradant, des morceaux d'émissions de télévision, des reportages de conférences, des extraits d'interviews. Je suppose qu'ils ne sont curieux de rien, et que leur seule préoccupation est d'occuper le maximum de place sur Youtube, afin que leur brouillon serve de support à des pubs, qui leur rapporteront environ 1€ tous les 10 000 clics sur la vidéo.

**Je rajoute cette précision, car les "statistiques" de mon blog me montrent beaucoup de lectures de l'article "Les sources de M. Graminet", et aucune de l'article maître.








mercredi 2 mai 2018

Le clignotant droit, un faux-ami...

     Revenons un instant à la circulation routière, cette activité qui nous concerne tous, et tous les jours que Dieu fait.
     Mon expérience de la route est grande — ou grosse, si vous voulez — puisque je conduis depuis environ 70 ans. Autrefois, dans une auto lente et rare, on n'avait pas les mêmes angoisses qu'aujourd'hui, où tout se passe parmi des petits bolides bourrés de chevaux et d'électronique, de ces engins que tout le monde ne sait pas utiliser totalement, ou a du mal à maîtriser.
     La circulation a suivi la même évolution que la démographie, elle est devenue insupportable. La démographie l'est pour notre pauvre planète, la circulation pour les usagers.
     Bon gré mal gré, nous avons tous pris des habitudes, plus ou moins efficaces, pour espérer rester entier dans la jungle routière. Les aménagements des autos d'aujourd'hui sont de remarquables outils, qui facilitent largement notre évolution au milieu de nos congénères motorisés.
     Il est cependant des cas, où quelle que soit notre prudence, quelle que soit l'attention que nous portons à cette activité, nous nous trouvons un jour ou l'autre dans une situation que nous n'avons pas voulue.


     Je vais vous raconter ce qui m'est arrivé récemment, et qui m'a fait réfléchir à un danger provoqué par un perfectionnement technique qui, au contraire, devrait ne nous apporter que de la sécurité. Je veux parler des clignotants.
     Dans la Chenard et Walcker de mon père, construite en 1930, il n'y avait bien sûr pas de signaux de direction. Un conducteur seul à bord qui devait tourner à gauche, était contraint, depuis sa place à droite, de faire un signe par-dessus le toit pour indiquer qu'il allait tourner à gauche. La plupart du temps, il ne faisait rien. Et tout se passait pacifiquement.
     Aujourd'hui, nos clignotants sont de merveilleux outils, dont l'usage intelligent permet à chacun d'approcher une plus grande sécurité, et de prendre une plus rapide décision, en fonction de ce qu'indique le signal aux autres usagers.
     Et c'est là que cela peut se retourner contre notre personne, en toute bonne foi.

     Je quitte une route importante pour entrer, à ma droite, dans une zone industrielle. Je clignote à droite et, roulant aux environs de 50 km/h, je m'engage dans la voie principale de cette zone. Elle suit une faible courbe, régulière, mais longue de plusieurs centaines de mètres. Après avoir parcouru environ 150 mètres, je vois à ma droite, arrêtée sur la ligne blanche d'un stop, une voiture dans une rue transversale. Alors que je suis à une trentaine de mètres, le conducteur, qui regardait dans ma direction, démarre. Je donne un coup de volant pour l'éviter et un coup de klaxon pour le sermonner. Il freine, en gesticulant, le visage empourpré par l'énervement. 

     Bien sûr, je trouve condamnable cette idée de quitter son stop au moment où j'arrivais. Il tente alors de me doubler, mais la circulation d'en face l'en empêche. 
     — Il est très en colère, me dit ma passagère. 
     Pour ma part, je dois tourner dans une petite rue à droite un peu plus loin. Il ne me suit pas.

     Et je comprends tout, brusquement, parce que, lorsque je manipule le levier des clignotants pour indiquer mon changement de direction, je ne sens pas le petit cran. Le clignotant est déjà en fonction à droite, et ce, depuis que j'ai quitté la grande route!
     Inconsciemment, j'ai certainement, comme chaque fois, compté sur le retour de la manette au point neutre, mais il ne s'est pas produit, à cause de la courbe ininterrompue de la voie que j'ai empruntée, et où s'est passé l'incident.
     Dans une auto, on a tellement l'habitude de voir les clignotants revenir à la position neutre automatiquement qu'on n'y fait plus attention. Mais c'est un tort...
     Je comprends maintenant l'exaspération du monsieur qui a démarré au stop : en voyant mon clignotant de droite en fonction, il pensait que j'allais entrer dans la voie où il se trouvait, donc qu'il pouvait démarrer...

     Je connaissais déjà le danger du clignotant à droite oublié sur un deux-roues, qui justement se trouve dans cette situation très dangereuse : une auto sortant d'une voie secondaire, peut très bien se fier au signal et venir percuter le motard distrait qui ne veut pas du tout tourner à droite.
     C'est pourquoi j'avais installé des buzzers sur ma moto, qui fonctionnaient en même temps que les clignotants.

     Comme je le disais, la circulation aujourd'hui est tellement difficile, à cause du nombre d'usagers au même endroit au même moment, que l'on cherche le moindre indice pour la rendre plus fluide, ou tout bonnement pour gagner une poignées de secondes.
     L'examen des clignotants des autres est utile dans ces cas-là, qui nous portent bien sûr, à maudire l'usager qui ne signale pas ses intentions et nous oblige à attendre son passage éventuel, alors qu'il va tourner avant, et que nous aurons attendu pour rien.
     Inversement, des feux clignotants allumés ne constituent pas toujours l'indice que nous croyons y déceler... 

     Restons prudents. Attentifs. Et humbles.




samedi 28 avril 2018

Science Fiction ?



Une nouvelle nouvelle basée sur la SF. Et cette fois, en deux parties, juste pour le suspens...

Dimanche 29 avril 2018 :
Ne voulant pas faire durer le suspens car n'étant pas porté au sadisme (!), je vous présente la nouvelle dans son intégralité... 
Bonne lecture!




Alfred Leroux rêvait d’être écrivain.
Son métier monotone au sein d’une administration somnolente l’ennuyait profondément. Et entre deux imprimés qu’il avait la charge de contrôler, son esprit s’échappait de plus en plus souvent, lorsque dans sa tête se construisait presque à son insu, une jolie phrase, aux mots dansants, qu’il imaginait imprimée en caractères noirs sur le fond blanc de la page d’un de ses livres à succès. Comme celle-ci, par exemple:
"Ébloui par les eaux miroitantes du lac aux éclats brillants, il laissait son esprit flotter dans les dédales fleuris de son imagination..."
Il n’avait pas conscience de la médiocrité de son style, et s’imaginait romancier reconnu :
— Je vois très bien mon nom, Alfred Leroux, en haut de la couverture de mon prochain livre. On penserait que je suis parent avec le célèbre Gaston Leroux, connu des amateurs d’histoires mystérieuses.
Il avait tenté d’écrire un roman, quelques années plus tôt, mais n’avait jamais trouvé d’éditeur. Aujourd’hui, il se sentait plus mûr, plus averti, et se dit qu’il était temps de faire un autre essai. Commencer par une nouvelle, par exemple. Mais dans un domaine peu commun : le monde de l’étrange, des phénomènes mystérieux... Tiens, un récit de science fiction, par exemple! Oui, ce serait parfait!
Mais là encore, comment sortir des sentiers battus, comment ne pas retomber dans les clichés mille fois cités au cinéma, usés dans les bandes dessinées, répétés dans les romans dits SF?
— Il me faut un sujet nouveau, jamais exploité. Quelque chose d’inattendu, d’étrange, et pire, de terrible, de tragique...

Les semaines qui suivirent ne lui permirent pas d’avancer dans sa recherche. Son imagination demeurait stérile, sa muse faisait la grève.
— Je n’ai plus qu’une solution, demander de l’aide...
Le voici devant un coquet petit pavillon de banlieue, au bout d’une impasse donnant sur la campagne toute proche. Un ami de ses parents habitait là. Depuis toujours, on l’appelait : "Monsieur Graminet".
Les tenants de l’aptonymie pourraient penser qu’il est herboriste, ou vétérinaire spécialisé dans le soin de chats obèses. Que nenni! Tout le monde le considérait comme un savant, à cause de ses fonctions passées, dans le cadre du CNRS. On savait qu’il avait été quelque chose comme chercheur, anthropologue, archéologue, historien, sociologue... Mais c’était surtout un puits de science assez peu orthodoxe. Il avait appris à lire avec Homère, et depuis, l’histoire de l’homme le passionnait.
Une réputation particulière le qualifiait, parce qu’il n’hésitait pas à aller à l’encontre des idées toutes faites, et à contredire les fondements mêmes de la formation qu’il avait reçue, lorsqu’il s’agissait de l’histoire de l’humanité. Dans sa longue carrière, cette attitude non conforme à la pensée universitaire, lui avait valu beaucoup d’ennuis et peu d’avancement, comme on peut le supposer. Mais s’il n’en avait tiré aucune gloire, il avait été heureux de garder son indépendance d’esprit et de défendre ses propres convictions.
Encore maintenant, lorsque ce sujet était abordé, il s’animait avec feu, et son indignation presque juvénile faisait oublier les quelques 35000 jours qui pesaient sur ses épaules :
— Ces types qui décident des programmes de recherche, sont tellement formatés, ils ont l’esprit tellement borné, qu’ils ont perdu toute faculté imaginative. Ils ne sortiront jamais du cadre universitaire. Comment leurs recherches peuvent-elles aboutir, s’ils pensent que c’est ce qu’on leur a appris qui contient toute la vérité? Je vous donne des exemples rapides :
-        Nous ne descendons certainement pas du vagin d’une guenon, c'est évident! Mais il ne faut pas contredire cette hypothèse;
-        À l’époque appelée Âge de bronze se sont construits des monuments que l’on aurait du mal à imiter aujourd’hui. C’est sans doute avec un petit burin de bronze et un petit marteau, qu’on a taillé des blocs de 100 tonnes, qu’on les a déplacés, et empilés au millimètre près?
Mais quand je soulève ces objections devant mes collègues, ils me répondent :
 — C’est bien beau, tout ça, mais nous ne savons pas quoi faire de ces constatations. Elles n’entrent pas dans le cadre de nos certitudes universitaires. Alors...

En marchant vers le petit pavillon, Alfred se dit que, compte tenu de son état d’esprit, monsieur Graminet sera l’homme le plus apte à l’aider à trouver un thème original pour son récit de fiction.
— Content de voir, mon cher Alfred, que tu essaies à ta façon de t’échapper aussi du cadre étriqué de ton métier. C’est bien d’avoir des projets d’écriture, je veux bien t’aider, et te lancer sur quelques pistes originales.
Que dirais-tu d’une histoire contemporaine avec, ou plutôt contre, des extra-terrestres, par exemple? On va faire le tour de ce qu’on peut imaginer comme thèmes...

Quelques heures plus tard, la bouche encore imprégnée du goût d’une vieille fine de qualité, et la tête zonzonnante de tous les thèmes abordés, Alfred prit congé de son vieil ami.
De retour chez lui, bouillant intérieurement de mille idées, il se jette sur son ordinateur et ses doigts courent sur le clavier :

Titre : Mères porteuses pour Aliens

Mise en situation :
       La nuit est noire dans cette campagne des Pouilles. Une ferme isolée. Dans sa chambre au grenier, Angelina, une jeune fille solide de 18 ans s’agite dans son lit : des choses bizarres se passent, comme dans un cauchemar, et lui procurent un certain malaise. Elle croit même, à un moment donné, se retrouver dans une pièce qui ressemble à une chambre d’hôpital, entouré d’êtres blanchâtres qui sentent mauvais.
       Un village du Vaucluse, la jeune Julie sort à demi de son sommeil, car elle a l’impression qu’on est entré dans sa chambre. Mais ses paupières sont lourdes, et elle ne parvient pas à en savoir plus. Malgré elle, elle replonge dans un sommeil peuplé d’êtres bizarres, émettant une odeur nauséabonde.
       Valence, Espagne : au dernier étage d’un immeuble, Rosa, 17 ans, fait un cauchemar : le plafond de sa chambre s’ouvre et elle est aspirée dans un rayon de lumière... Des petits personnages parlent dans sa tête, et la manipulent physiquement.

Suite :
       Ces jeunes femmes se réveillent avec une impression étrange, envahies par un certain malaise physique, mais sont incapables de se rappeler quoi que ce soit. Aucune d’elles n’est inquiète. Cependant Julie est un peu étonnée de se retrouver vêtue d’une chemise de nuit qu’elle n’a jamais vue...

Monsieur Graminet?  Excusez-moi de vous déranger de si bonne heure. J’ai écrit une bonne partie de la nuit. Mais j’ai un problème : comment peut-on expliquer que ces femmes n’ont, non seulement aucun souvenir, mais surtout ne ressentent aucune angoisse? Et même, d’après votre suggestion, qu’elles seraient plutôt sereines? Et ne trouvent pas très anormal d’avoir changé de vêtement de nuit...
— Ah, tu as trouvé la faille. Eh bien, disons par exemple, que si elles se sentent bien, c’est en rapport avec leur épistaxis.
Alfred, sidéré :
— Leur... é-pis-ta-xis?
— Oui, elles ont toutes, au réveil un peu de sang séché à la narine droite.
— Et...
— Et cela vient du fait qu’on leur a planté un trocard dans les fosses nasales, perforé le vomer, pour insérer à la base du cerveau, une puce électronique. À partir de ce moment, elles sont sous la domination des Aliens, qui peuvent non seulement les contrôler, mais influencer leur douleur, leurs affects, leur mémoire, leur comportement.
— Mon Dieu! Quelle imagination! Votre réputation n’est pas usurpée, monsieur Graminet! Merci, je note tout ça, c’est génial comme idée...

Développement
Ainsi, les Extra-terrestres peuvent continuer leurs petites affaires sans que les victimes n’aient simplement la possibilité de se rappeler ce qui leur est arrivé. Et si, confusément, elles en gardent quelque souvenir, leur conditionnement fait qu’elles n’éprouvent aucun besoin de s’en étonner, aucune nécessité de le faire savoir.
Pourtant, des informations répétées concernant ce sujet se sont répandues, et des chercheurs curieux — à l’image de monsieur Graminet sans doute — se sont intéressés de près à ces prétendus enlèvements. Pour avoir le maximum de renseignements, ils ont proposé aux victimes de se prêter à une ou plusieurs séances d’hypnose sous contrôle médical. Dans tous les cas, les détails de leur aventure ont afflué, ont précisé et confirmé ce que l’on imaginait sans pouvoir y croire.

— Monsieur Graminet, c’est encore moi, Alfred. Comment peut-on décrire le processus de l’enlèvement physique, alors que ces jeunes femmes dorment dans une chambre close? Est-ce que les Aliens cassent la porte ou la fenêtre?
— Mon petit, il faut que tu fasses fonctionner un peu ton imagination! Je ne sais pas tout... Tu pourrais peut-être suggérer que les Aliens, s’ils ont des vaisseaux si rapides, si performants, si silencieux, si maniables, s’ils arrivent à franchir ce qui sépare notre monde du leur, c’est sans doute parce qu’ils ont des possibilités extraordinaires que nous ne connaissons pas.
Ce n’est pas parce que notre savoir et notre science ont des limites, que l’univers doit se plier à ces limites.
Sans doute qu’un toit, un mur, ou une porte ne les arrêtent pas… Invente!

Alfred retourna à son manuscrit :
L’évolution de ces êtres venus d’ailleurs est tellement en avance par rapport à la nôtre que l’on peut imaginer qu’ils ont la possibilité de pénétrer à l’intérieur des maisons, sans rien casser (à développer, AL).

Julie, pendant la séance d’hypnose raconte :
— Je suis entraînée hors de mon lit... Je me revois... noyée dans une lumière bleutée, qui m’emporte comme en m’aspirant...
J’ai une autre image... d’une chambre blanche... pleine de lumière, une impression d’activité, on me touche... on pénètre mon ombilic... Pendant ce temps, on parle dans ma tête, comme pour me rassurer. Mais il se passe... beaucoup... de choses...
— Vous êtes dans cette pièce blanche, et on vous manipule, on vous parle. On pratique sur vous une cœlioscopie. Souffrez-vous?
— Non, pas vraiment, mais ce n’est pas agréable... je sens “qu’on me fait des choses“...
— Avez-vous vu des êtres?
— Oui, des petits avec la tête qu’on dessine toujours... un gros crâne... un visage étroit, des yeux immenses tout noirs. Je crois qu’avec eux, il y avait aussi des très grands... presque filiformes. Et cette odeur! Une horrible odeur...
— Maintenant, on vous ramène à votre lit. Vous souvenez-vous de votre retour?
Les sujets, même sous hypnose, ne se souviennent pas de leur retour quelques heures plus tard.
— Non, je me suis réveillée... un peu vaseuse, dans mon lit. Je ne sais pas comment... Et cette chemise de nuit...
— Ce n’était pas votre chemise de nuit?
— Non, pas du tout! Ce n’est pas la mienne!
— Avez-vous constaté des traces sur votre corps?
— Du sang séché à la narine droite... et quelques marques... comme si on avait appuyé très fort avec les doigts... sur mon menton.
— Et votre ombilic?
— C’est vrai, il a été à peine sensible pendant quelques heures.
On demande ensuite à la jeune femme, si elle a subi un seul, ou plusieurs enlèvements :
— Je ne sais pas. J’ai des souvenirs qui se heurtent...
— Ces événements ont eu lieu il y a presque un an maintenant. Après votre enlèvement, avez-vous constaté un arrêt de vos règles?
— Oui... pendant 3 mois environ.

Angelina, la petite paysanne des Pouilles, a raconté qu’elle avait le souvenir que ses règles avaient été interrompues à 5 ou 6 reprises, au cours des dernières années.

Depuis la nuit des temps, de la même façon, des centaines de milliers de femmes gravides subissent le même sort. Et certaines, de multiples fois, comme la jeune Italienne.
Des chercheurs passionnés par le sujet, ont mis sur pied un questionnaire comprenant de multiples questions indirectes, qu’il ont adressé à des milliers de jeunes femmes, prises au hasard. Les réponses ont laissé supposer, qu’à leur insu, un certain nombre d’entre elles avaient été enlevées.
Il semblerait que les Aliens préfèrent les filles aux yeux verts appartenant au groupe Rh moins. Allez savoir pourquoi...

Ainsi, pour une raison que nous ignorons, les envoyés de ces autres Mondes utilisent les jeunes femmes de notre planète comme des mères porteuses. Ils ont trouvé un moyen de créer de nouveaux êtres en combinant une semence mâle avec les gonades des femmes de la Terre (développer, AL).
Ils reviennent deux ou trois mois plus tard récupérer le foetus, qu’ils ont sans doute le moyen d’élever “en couveuse“. Les jeunes femmes retrouvent leurs règles, et sans doute avec l’aide de la puce implantée dans leur cerveau, “oublient“ l’incident.

— Bonjour, monsieur Graminet, je reviens vous voir avec le brouillon du squelette de ma nouvelle. Je voudrais que vous en preniez connaissance. Bien sûr, je vais broder pour faire monter l’angoisse du lecteur, et meubler le tout avec des faits un peu “gore“...
Je pense que ça va plaire. En tous cas, merci beaucoup, vous avez une sacrée imagination!
Monsieur Graminet chausse ses lunettes et lit avec attention, pendant qu’Alfred sirote sa fine.

— Alors, qu’en pensez-vous? Il y a un concours de “Nouvelles de Science Fiction“, en ce moment, je suis certain d’être sélectionné!
— Non.
— Comment “Non“ ?! Grâce à vous, le thème est justement fantastique, c’est ce qu’il faut pour un concours de science fiction, non? Et puis, ce n’est pas trop mal écrit, je me suis appliqué, je crois avoir fait des progrès. Et vous pensez que je ne serai pas sélectionné au concours de science fiction?
— Vous ne le serez pas.
Alfred, stupéfait :
— Et pourquoi? Puis-je savoir, s’il vous plaît?
Monsieur Graminet prit le temps de replier le document, d’ôter ses lunettes, et de finir son verre, avant d’annoncer tranquillement  :
— Parce que ce n’est pas de la science fiction.




M. Graminet a-t-il raison?
Quelques éléments peuvent peut-être vous aider à vous faire une opinion, dans l'article : "Les sources de M. Graminet".