le blogadoch2

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vendredi 19 octobre 2018

Le Canard en fer blanc, Eroll Flynn, et le poropompero...


Est-ce la nostalgie, ou bien ce récent séjour aux Baléares, qui me poussent à vous dire cette anecdote futile, dont seul le titre semble cacher quelque mystère...


Alger, 1959,
Après avoir raccroché le téléphone, me voici courant vers l'agence de voyages de la belle Véronique*. Elle me connaissait bien, et appréciait les boîtes de chocolats que je lui adressais l'année durant, pour services rendus... En effet, au cours de cette période que j'avais décidée plutôt nomade, et avec son aide, je fréquentais bien plus souvent les hôtesses de l'air que ma concierge. Elle trouverait sûrement une solution à ma demande de dernière minute.
L'ami Gilbert m'avait chargé de l'affaire :
— Nous avons un voilier à rapatrier, ferme ton boui-boui et trouve-nous deux allers simples pour Palma, pour ce week-end, le proprio nous attend.
Quelques heures plus tard, le téléphone sonne :
— Je t'ai trouvé deux places... sur un DC3, ajoute-t-elle après une hésitation. Ça te va?

Voici comment je fis connaissance avec le célèbre Canard en fer-blanc, le fabuleux et incassable petit Dakota bi-moteur, en service sur tous les continents depuis déjà une vingtaine d'années.
Le nôtre appartenait à une compagnie ibérique, et nous attendait derrière les vitres du petit aérogare de Maison-Blanche. Posé sur la roulette de queue, un peu fané, quelques coulures grasses près d'un moteur. Mais aussi terriblement sympathique que sur les photos, avec son nez camus et ses multiples rivets, posés sur l’aluminium nu.
Le pilote se promène sur une aile, une règle de bois à la main et ouvre le bouchon du réservoir, grand comme une assiette, pour jauger le niveau du carburant avec son bâton.

Au moment de passer les contrôles, le douanier m'annonce qu'il y a une limite à ne pas dépasser en argent liquide transporté.
— Mais, vous avez beaucoup trop d'argent! (Note de l'auteur : heureux temps!).
Nous voilà partis pour un bureau à l’autre bout du bâtiment, où je vais devoir laisser le surplus interdit jusqu'à mon retour. Les formalités sont longues et le micro ne cesse d’informer le public que l'avion n'attend plus que moi. Finalement, me voici courant sur le tarmac dans les remous des hélices du DC3 vraiment prêt à décoller. Sous les regards furibonds des passagers, je remonte l'allée centrale en glissant sur le plancher d'aluminium, tellement usé qu'il n'est plus strié, et qu'il épouse même la forme des traverses sous-jacentes.

Deux heures plus tard, nous atteignons Mallorca, une île de douceur où le temps semble arrêté. La ville de Palma a été facile à traverser tellement la circulation est fluide. Elle est parcourue par de belles calèches à roues caoutchoutées, qui promènent les rares touristes au trot sonore d'un cheval décoré.
Soudain, je vois Gilbert, qui dépasse les 2 mètres, qui se précipite vers une micro-voiture garée là, un Biscooter Voisin, très répandu ici, mais qui n'avait jamais été homologué en France, malgré le prestige de son créateur, le célèbre constructeur d'avions, et malgré la demande de véhicules automobiles après la guerre. Au volant, Gilbert a la tête qui dépasse le pare-brise de 40 centimètres pour le moins, et évidemment la scène mérite la photo : un géant dans le cochecito.

Au Yacht Club, nous découvrons "notre" bateau, un magnifique quillard d’une dizaine de mètres, de construction classique, très fin, et curieusement, avec une hauteur sous barreaux suffisante pour Gilbert. L'architecte, prévenu de la taille du futur propriétaire, lui aussi très grand, avait installé un plancher très étroit directement sur la contre-quille, pour atteindre la “hauteur sous barrots“ exigée.
À côté de nous, une grande et belle goélette noire, de style ancien.
— C'est le bateau d'Eroll Flynn, nous dit-on.
L'acteur n'est pas là, mais un membre de l'équipage, évolue dans la mâture, des outils dans un seau attaché à la ceinture. Nous apprendrons la disparition de Robin des Bois quelques mois plus tard, à l'âge de 50 ans.
Plus loin, dans le port commercial, nous découvrons avec étonnement une série de grandes barques non pontées, de faible franc-bord, munies de voiles latines, et qui servent au transport des matériaux de construction entre l'Espagne et l'île.
— Pas possible, ça existe encore des trucs comme ceux-là, au milieu du XXè siècle?

Nous vérifions le bateau puis, en voiture de location, parmi les moulins à vent destinés à l’arrosage, nous allons saluer des amis de Gilbert en vacances dans la merveilleuse calanque quasi déserte de Cala Figuera**.

Cala Figuera, avant (affichage public, 1950?).
Photo D.C.O.

Cala Figuera en 2018 
Photo D.C.O.

— Le bateau est prêt, nous partons demain à 4 heures, annonce mon pote, à la cantonade, alors que nous papotons avec un groupe de plaisanciers Algérois. 

Pour le dîner, on nous a recommandé un cellar, une ancienne cave vinicole transformée en restaurant. C'est un grand bâtiment qui a gardé quelques vieux foudres sur un côté, et qui est équipé d'un puits en son milieu. Au fond, le bar, à droite la zone salle-à-manger.
Alors que nous hésitons à choisir un apéritif, le garçon nous conseille la boisson gratuite, avec un sourire dont nous aurions dû nous méfier. Sur la margelle du puits est posé un gros récipient de verre contenant une dizaine de litres de vin blanc. À l'opposé de sa poignée en verre, un bec d'une longueur inusitée. Cela s'appelle un porron, ou un pompero ; nous décidons de le nommer poropompero. La dégustation est gratuite et illimitée à une condition : ne se servir que d'une seule main pour boire au jet, sans toucher le bec.

 dessin D.C.O.

Nous regardons faire les autres clients, puis nous nous mêlons à eux dans les rires et les éclaboussures. Malgré la pratique régulière de la musculation, j'ai vraiment du mal à tenir ce poids appuyé contre le poignet, puis à tendre le bras vers le haut pour avoir l'extrémité du bec plus haut que la bouche. Gaspillage...
Gilbert, avec ses bras de moulin à vent y arrive assez rapidement. Mais je devrai attendre que la soirée s'avance et le niveau du vin baisse dans le poropompero, pour parvenir à relever le défi proposé par le patron malicieux.
J'en ai même trop bu, y retournant au cours du repas pour arroser le délicieux mais trop gras demi-porcelet rôti, imprudemment commandé après quelques amuse-gueules plus ou moins roboratifs.

Au petit matin nuiteux, après quelques heures de sommeil difficile, j'ai déjà la nausée. Je suis achevé par le rangement de la chaîne d'ancre, à plat ventre dans la pointe sombre du bateau, qui tangue déjà dans la houle bien formée de la Méditerranée.
La traversée de 400 km sera dure...


* Ceux qui me lisent savent que Véronique un des prénoms féminins que j'aime utiliser dans mes contes...
**Soixante ans plus tard, j’ai eu du mal à retrouver les maisonnettes de pêcheurs qui faisaient son charme, car elles disparaissent sous les avancées du béton moderne.


vendredi 24 août 2018

Marine à voile et Tradition...


Comment le symbolisme et l’utile se rejoignent… Hasard ou nécessité ?



Pour mieux concevoir, mieux expliquer, et mieux transmettre, l’homme a toujours ressenti le besoin de symboliser les notions difficiles à manipuler, comme celles qui nous concernent aujourd’hui.
Il y a quelque temps, je vous faisais part* de l’utilisation dans les constructions, par les ouvriers initiés du passé, de formes symboliques ayant un rapport avec les principes de la Tradition primordiale.

Je vous racontais comment le cercle, le carré et l’octogone, sont les trois formes qui ont permis à l’homme, en représentant symboliquement la hiérarchie Ciel-Homme-Sol de conforter sa place légitime entre le Ciel qui le domine et le Sol qu’il maîtrise, et de tenter ainsi, dans ses créations, de respecter la meilleure harmonie avec la manifestation** dont il est l’un des protagonistes.

Pour illustrer différemment le contenu de cet ancien article, voici une anecdote historique, ayant un rapport avec l’aventure de la marine à voile.


Un petit rappel

Revenons un instant à la grande Tradition. Nous savons que les principes primordiaux à l’origine de cette dernière, avaient été “suggérés“ à l’homme par l’observation de la nature***. Les événements célestes, rythmés comme la succession du jour et de la nuit, le déroulement répété des saisons, l’avaient poussé à sacraliser le Ciel, élément remarquable par sa puissance.



- Le Ciel, représentant la qualité, sera traditionnellement symbolisé par un cercle, qui mieux que toute autre figure, schématise la course cyclique des astres autour de nous, selon un rythme régulier. Un cercle est également l’élément d’une demi-sphère, comme nous apparaît la voûte céleste, au-dessus de nous.



- Par opposition, c’est le carré qui symbolise le Sol, qui lui est  quantitatif. C’est l’Espace de l’Homme. Les exemples les plus marquants en sont les limites de son champ, les angles de sa maison, les 4 directions cardinales, tous éléments universels et indiscutables de l’étendue.



- L’octogone est sans doute la seule des trois figures à devoir quelque chose à la réflexion, plutôt qu’au seul constat. On imagine bien qu’elle convient mieux qu’un pentagone ou qu’un heptagone pour figurer le terme moyen, à mi-chemin entre le carré et le cercle, lui-même considéré dans toutes les traditions comme soumis à un système duodénaire (à base de 12).

Nous avons donc :

4 + 12 = 16

et 16/2 = 8

La suite 4/8/12 est donc légitime.

Et par suite, la disposition hiérarchique de ces symboles géométriques est toute définie : le cercle représentera le haut et le carré le bas, alors que l’octogone figurera le plan moyen.

On devine sans effort ce que permet ici l’application de l’analogie : le cercle représentera le Ciel, le carré le Sol et l’octogone, l’Homme, réellement situé entre les deux.

 



Dans le précédent article, nous avons vu des exemples de constructions réalisées selon cette hiérarchie, des églises, des fontaines, des tours, par les ouvriers qui avaient la Connaissance des lois de la Tradition, et pouvaient les appliquer dans leurs œuvres : c’était le cas des Compagnons, par exemple…



Venons-en à la marine à voile.

Les bateaux au long cours les plus répandus au temps passé, étaient les voiliers dits “à phares carrés“ (à voiles carrées, comme les caravelles, les frégates…). C’étaient les bateaux de commerce, ou ceux des pirates, ou encore ceux des explorateurs. Ils étaient fabriqués par des ouvriers souvent initiés, qui savaient les secrets permettant d’assurer une certaine harmonie entre l’objet construit et le cosmos, en appliquant les Lois du Ciel



 
L'Hermione 




Nous allons voir que très curieusement, le symbolisme et le pragmatisme se rejoignent dans cette création utilitaire que constitue la construction d’un voilier, fut-il le plus rudimentaire qui soit. Ce qui semble avoir été le cas de ces navires, la plupart du temps construits hâtivement et grossièrement.

Sur les voiliers d’aujourd’hui, les mâts sont posés sur le pont et sérieusement haubanés pour résister à la force du vent.

À l’époque, les mâts étaient emplantés dans le fond du navire, dans une cavité cubique creusée dans la massive contre-quille. L’extrémité inférieure du mât était bien sûr ajustée à cette forme et taillée selon une section carrée, qui permettait une bonne tenue, et promettait la plus grande résistance aux efforts à venir.



La partie haute du mât recevait les voiles et les vergues, qui devaient pouvoir être orientées selon toutes les angulations possibles pour se prêter à la direction du vent. Il valait mieux que le fût soit, en cet endroit, parfaitement cylindrique, donc de section circulaire.



Un point important était constitué par la traversée du pont par le mât. Par gros temps le pont était balayé par les vagues et l’eau s’infiltrait par tous les espaces mal colmatés, comme celui qui aurait pu se trouver autour du mât. Imaginons notre mât jaillissant de la soute comme un arbre : à cause des légères déformations dues aux efforts exercés par le vent, il était très difficile de rendre la traversée du pont étanche.

Une solution consistait à coincer de l’étoupe ou des chiffons maintenus en place à l’aide de petites planchettes enfoncées en force autour du mât.

L’expérience a montré que la meilleure étanchéité était obtenue lorsqu’il avait été, pour l’occasion, sculpté en cet endroit selon une section polygonale. C’est la forme de l’octogone qui fut choisie. On peut imaginer qu’une section carrée par exemple, aurait présenté des angles trop marqués pour être convenablement calfatés. Une forme polygonale plus multiple aurait augmenté les exigences de précision, et aurait obligé à utiliser une plus grande quantité de planchettes, donc de créer plus de hiatus entre deux planchettes.

C’est l’octogone qui a été choisi.



Carré, octogone, cercle… le compte y est. Et dans le bon ordre ! Mais quels motifs avaient réellement présidé à ces choix ?

- était-ce le pragmatisme des constructeurs ? Parce qu’il fallait empêcher le mât de tourner dans son emplanture, parce qu’il fallait que les anneaux de ragage, les cordages, les bômes et les vergues se positionnent sans heurts dans toutes les positions exigées par la navigation ? Parce qu’il fallait à tout prix trouver un moyen de bien maintenir l’étoupe et éviter les intrusions de l’eau autour du mât ?

- ou bien était-ce une soumission à la Tradition ? Parce que le mât, symbolisant par sa verticalité l’Axe du monde, se devait, plus que tout autre élément du bateau, de respecter les grands principes, et porter en lui les symboles universels ? Des symboles qui, par leur présence sur cette partie importante du navire, par la hiérarchie subtile qu’ils contenaient, ne pourraient que favoriser une relation harmonieuse de l’homme avec les éléments sacrés du cosmos, avec les limites métaphysiques de la manifestation.



Comme vous devez vous en douter, je n’ai pas l’autorité nécessaire pour répondre à cette question. 

  





*Voir l’article :


** Manifestation : entité métaphysique qui désigne ce qui est contenu entre les limites Ciel et Sol, donc l’Homme, et les inter-relations qui existent entre eux trois.


*** Voir l'explication de ce fait dans la deuxième partie de l’article :


mercredi 8 août 2018

Ya p'Yuka... bien choisir ses aliments

Les personnes soucieuses de connaître le contenu exact de leur assiette seront ravies de pouvoir disposer d'un outil tel que YUKA, une excellente appli qui permet de prendre connaissance de la dangerosité de ce que les fabricants agro-alimentaires proposent.

Il suffit de scanner l'étiquette au magasin même pour lire la composition du produit. Les contenus péjoratifs sont notés sévèrement pour ce qui est des calories, des matières grasses, des colorants, des adjuvants, du sucre, etc.

À chacun de décider ensuite s'il passe outre et achète le produit même s'il est mal noté.
Voici un exemple :




Pour l'anecdote, je signale que j'ai acheté quand même la mayonnaise, n'étant pas affolé par les graisses ou les calories...
 
YUKA est un organisme indépendant qui utilise une base de données officielle. 
Pour de plus amples renseignements, il faut consulter, entre autres, le site suivant :
https://yuka.io/?screen=scan


Les différents scans sont conservés en mémoire dans le smartphone.


Ne faisons pas la petite bouche, et profitons de cette source de renseignements incomparable...
Bon appétit!


vendredi 6 juillet 2018

L'Autre qui parle...

  
Voici un texte dont l’écriture résulte de l’écoute de bruits qui ont circulé dans ma tête, un jour de l’automne dernier.
Le rythme en est soutenu, les coq-à-l’âne fréquents. Le temps est comprimé, au point que les alinéas n’ont plus droit à l’existence. Il faut entrer dans le flot des mots sans pouvoir choisir la mise en forme, sans aérer le texte, sans souffler. Normal, la Petite Voix intérieure ne s’arrête jamais pour aller à la ligne. Elle a un discours ininterrompu.
Au lecteur de prendre la décision de s’y aventurer. À lui de juger si faire la connaissance de cette matière présente un intérêt quelconque.


Je ne sais pas pour vous, mais il m’arrive de m’intéresser à ce qui se dit dans ma tête quand je ne fais rien. Si je me livre à une petite introspection (ou perception de mon intérieur), je me rends compte que Quelqu’un parle là-dedans. Il parle sans arrêt. Mais pourquoi formule-t-Il des phrases sans cesse? Ce ne sont pas toujours des idées, pas des propositions de réflexion, non, des phrases... Et Il dit et dit... Mais que dit-Il? La première chose que je constate, c’est qu’Il ne suit pas un plan ordonné. Il parle (mais parle-t-Il vraiment?) d’une chose et brusquement, paf, change de sujet. Par exemple en ce moment j’entends Francis Cabrel chanter. Il a cessé de parler de «mais qu’est-ce qu’il se passe dans ma tête?»... — Écoute, dit-Il : Francis chante «Petite Marie»...— Sympa. Ça me rappelle... quoi vraiment? Oui, une fois nous parlions de ce chanteur avec mon épouse... et, c’était quand? je ne sais plus. Peut-être qu’elle me reprocherait de ne pas m’en souvenir. Elle aime bien ce Gascon, son accent chantant (!) et son air romantique de Mousquetaire trompé de siècle. Le voici qui passe à autre chose, sans raison, et me signale que je n’ai pas donné de nouvelles à mon ami Robert, (très) mal-voyant que j’aide à publier ses écrits en langue occitane. Il écrit facilement et tape maladroitement. Je lui ai promis de jouer le rôle de correcteur. Mais pas pour l’Occitan, une langue que je ne connais pas. Alors, je rectifie ses maladresses de frappe dans les parties écrites en français, uniquement. Uniquement n’est pas le mot qui convient ici, à cause du nombre d’erreurs, car lorsque le voile noir de sa rétine descend sur le clavier de l’ordinateur et lui fait rater les touches, Robert en réalise 20 ou 30 par page... Son éditeur habituel se moque des coquilles et des fautes, il fonctionne comme un robot : «J’imprime, je vends, basta!». Je ne supporte pas cette attitude qui est une insulte aux lecteurs, qui sont des personnes suffisamment altruistes (ou inconscientes), pour aller jusqu’à donner de l’argent à des inconnus qui ont couvert de leurs élucubrations intimes des pages blanches qui n’en demandaient pas tant. Je crois que je serai son éditeur dorénavant. Les odeurs de cuisine arrivent jusqu’au bureau. Elles suffisent à orienter le monologue de Il : le dîner se fera («comme d’habitude» selon Claude François), à la cuisine, devant le petit poste de télé qui ne cessera de papilloter en changeant de chaîne, selon l’humeur de la ménagère. Et je surveillerai ses doigts, ne tournant mon visage vers l’écran que lorsqu’ils cesseront de danser sur les touches de la commande. Cette publicité à la télé. Horrible. À la même heure sur toutes les chaînes : la capacité de pouvoir zapper ne sert plus à rien. Le consommateur est cerné. Il n’a plus qu’à se rendre ou devenir hermite (ou ermite, on a le choix, dit la Petite Voix au correcteur automatique). Je crois plutôt que je vais juste me servir de cette constatation pour alimenter le flot de mes indignations. Lui : — La moto que tu restaures est bientôt terminée. — Dommage, c’est un loisir que j’aime, le bricolage. Mais ce ne sera jamais vraiment fini, car il n’est pas possible qu’une machine de plus de 30 ans se contente d’une peinture et du renouvellement de ses «consommables»... Elle ne sera pas encore prête à prendre une route sans aventures. Je suis sûr qu’elle va nous réserver quelques pannes ou pannettes, (c’est joli pannettes), de derrière les fagots. C’est une chance! Une chance surtout si ça n’arrive pas au bout de la route, un soir de pluie, sans relais pour le smartphone... Une chance, d’avoir une panne? Pourquoi pas? Le monde aseptisé d’aujourd’hui, qui veut nous formater, nous rassurer, et nous garder sains (pas par gentillesse, non, juste pour ne pas coûter trop cher à la Sécurité Sociale), ce monde-là n’est pas marrant. Pourquoi l’empêcher d’être parfois informel, aventureux, et aléatoire? Maintenant, Il mêle constats et sensations : j’ai les pieds froids sur ce carrelage d’automne. J’aurais dû enfiler mes vieilles chaussettes qui me servent de pantoufles à la maison. Je n’aime pas les pantoufles, surtout celles à gros carreaux de couleur, les Charentaises... Leur tiédeur caoutchouteuse encolle mes pieds de façon désagréable. Tiens, en Chine, dans tous les hôtels, on trouvait des mules en tissu ou peut-être en papier, dans une pochette transparente, des accessoires pour un ou deux voyages vers la salle-de-bain, plutôt que pour l’usage, d’une fragilité incroyable. Mais le fait est avéré... La Chine, inépuisable sujet, mystérieuse contrée, aujourd’hui encore à cheval entre son passé antique, merveilleux par bien des côtés, et le passé récent et agressif de la dictature maoïste... Jetée dans le monde de la modernité, et celui du capital. Qui l’attendait gueule ouverte et poings faits. Partageant ses outils entre ceux d’aujourd’hui (ceux de l’informatique), et ceux du paysan, telles ces araires du passé, tirées par des zébus indolents (à quoi pense un zébu chinois lorsqu’il tire une charrue?), et drivées par un aurige au chapeau conique. Une image visible depuis la moindre limousine ultra-moderne circulant sur une de ces routes de campagne revêtues d’une chape de ciment irréprochable, au lieu de bitume. Un revêtement de mortier lisse comme la main, aux bords parfaits et tranchants, se lançant parfois à travers les rizières comme une jetée vers la haute mer... Paysan par nature, et ouvrier industriel intérimaire par nécessité, le Chinois de la campagne qui attend le coup de fil éventuel de l’employeur sur son portable, n’est plus tout-à-fait celui des vieux livres d’images exotiques. Il porte encore le large cône plat sur l’occiput, mais comme il n’a pas d’électricité, il va chez son voisin pour faire recharger la batterie de son mobile. — Mais ton voisin-qui-a-l’électricité habite trop loin, lui fait remarquer la Petite Voix. — Oh, non! Il n’y a que 3 heures de marche. Un pays dont même les intellectuels et les chercheurs ne connaissent plus rien de leur avant, ont oublié leur histoire, et leurs merveilleuses sciences basées sur la Tradition primordiale et la métaphysique à l’état brut (celle de la Création), considérant à tort les taoïstes comme des religieux, alors qu’ils n’étaient que porteurs de l’idée du Sacré.... Mais, bons vendeurs, et faisant feu de tout ce qui n’est pas écrit dans le petit livre rouge, ils font tellement bien semblant, qu’ils trompent l’Occident, un Occident toujours plus attiré par la légende que par la réalité. Aller là-bas apprendre la médecine chinoise est une erreur et une hérésie. Car nous savons (nous, les récipiendaires de l’enseignement magistral de Jacques André Lavier) que les médecins chinois nous courtisent dans l’espoir de retrouver les sciences et les modes de pensée qui leur ont été enlevées par l’histoire, les Jésuites, la négligence, ou la force impérieuse de la pensée unique pendant 70 récentes années. — Te souviens-tu de ce groupe de jeunes Français si fiers d’avoir fait le déplacement jusqu’à l’université de Kunming pour apprendre la médecine traditionnelle chinoise à la source? Te souviens-tu de notre éclat de rire terrible, qui n’a pas été compris, quand nous sortions à peine de ces journées d’échanges à sens unique : les Occidentaux révélant aux intellectuels chinois, les secrets de leur propre médecine antique. La surprise de ces derniers, leurs multiples questionnements. Et les autres, là, les petits Français naïfs, victimes d’une légende, qui repartiront avec quelques banales recettes mille fois ressassées d’aiguillo-thérapie rudimentaire, plus poétiques que pragmatiques, enjolivées par la réputation légendaire de la Chine, par la distance, par un vocabulaire vernaculaire qui «fait» sérieux... Avec dans leurs bagages une pochette de «véritables aiguilles traditionnelles chinoises» torsadées à l’envers par ignorance — Mais tu sais, ajoute l’Autre qui parle, nos pays occidentaux ont fait exactement la même chose, et oublié la composante spirituelle de l’Être, le limitant, avec l’aide des scientifiques et des philosophes à une dualité «âme / corps», ou «affectivité / soma». La précieuse spiritualité qui nous relie à la Grande Unité devenant article obsolète n’ayant plus droit de cité. Il est l’heure du repas, me confie la Petite Voix en prenant le ton caverneux de mon estomac vide. Que va avoir mijoté Claude? Elle aura choisi simple et bon, comme à l’accoutumée. Je vous le raconterai à l’occasion...

«L’Autre qui parle», alias Il (il), alias la Petite Voix...








samedi 26 mai 2018

Le gant perdu

Je me suis trompé pendant plusieurs années, en pensant que cette nouvelle figurait sur le blog. Elle était restée en suspend après la pitoyable fin de mon premier blog, machiavéliquement organisée par Overblog.
La voici donc, ressortie des cartons. C'est maintenant une nouvelle "ancienne", si l'on peut dire. 



     Le 4-cylindres de la 750 ronronnait de sa puissante douceur habituelle. Sous les frondaisons cévenoles, et dans les bonnes odeurs champêtres, je laissais l'engin me bercer de ses vibrations veloutées, dans les balancements voluptueux que vous offrent avec tant de désintéressement, les petites routes secondaires.
     Devant moi, mon complice du jour allait. Malgré le casque, je percevais quelque peu les respirations particulières de son flat twin. L'allure était soutenue, mais pas sportive, nous offrant les avantages de la traversée facile de l'espace, combinés avec l'agréable décontraction qui accompagne une conduite coulée.
     Bien sûr, de temps à autre, lorsque par exemple, la chaussée se faisait plus lisse et les courbes plus harmonieuses, la tentation était trop forte de commettre quelques jolies trajectoires, bien tendues, bien penchées et bien enchaînées. Et nous pliait à son caprice.    
     Pour l'instant le rythme était plutôt celui d'une agréable communion avec l'espace, une réconfortante sensation de vivre intensément cette petite page de notre existence, d'une façon plaisante, dynamique et contemplative à la fois.
     Au loin, dans le bout de ligne droite, un objet au milieu de la chaussée. Tiens, bizarre,  normalement,  j'aurais dû entendre dans  l'interphone  quelque  chose comme : 
     — Attention, caillou!
     Bof, doit être dans la lune, il n'a pas dû faire attention… Mais ce n'est pas un caillou, c'est un gant. Un gant noir de motard, encore sculpté à la forme de la main.
     Il doit être déjà loin l'infortuné motard, qui va être contraint de jeter le gant restant, peut-être encore en bon état. Quoi de plus frustrant que de jeter un gant tout neuf, juste parce qu'il est séparé à jamais de son jumeau?  Et, généralement, on ne perd jamais qu'un seul gant, pas les deux. Alors, avant la séparation définitive, on range le survivant avec l'espoir ténu de peut-être retrouver l'absent.
     On ne peut quand même pas porter comme les gamins, un cordon qui les réunit par l'intérieur des manches! Perdre les deux, ce n'est pas possible, ça n'arrive jamais. Si le gars avait perdu les deux, je n'aurais pas hésité à les ramasser. Pour les rendre. Ou pour les garder peut-être, car comment retrouver justement le propriétaire?
     Mais s'il n'est pas loin, le perdeur, et que je le rencontre, je pourrais le lui rapporter, si je le ramasse… Et puis quoi, s'arrêter pour un gant unique? Est-ce qu'on s'arrêterait pour ramasser une chaussure, par exemple? Pour un bonnet, une casquette, un chapeau, je veux bien. Mais un objet séparé de son indispensable pareil, est perdu pour tous. Il est impossible de trouver deux gants semblables, en deux endroits différents. Il y a donc très peu de probabilités d'en reconstituer une vraie paire. Mais enfin, j'aurais peut-être dû...
     — Arrête de penser au destin des objets perdus, et profite plutôt du moment!
     Elle n'a pas tort, ma petite voix intérieure, car le temps de ces réflexions s'est écoulé en terme de distance, et maintenant, de toutes façons, c'est trop tard, l'objet perdu, ne sera pas trouvé, et il est déjà loin derrière.
     Nous continuons de rouler de longues minutes sur cette route déserte, accumulant toutes ces petites joies que vous accorde la balade à moto par beau temps dans un cadre agréable. Une vingtaine de kilomètres ont été parcourus depuis l'incident du gant. J'ai perdu de vue mon compagnon de route. Sans doute a-t-il accéléré après avoir succombé à une petite soif d'adrénaline, pendant que je rêvassais dans les derniers lacets du col.
     Justement, j'y arrive, au col, et je vois la BM vide de son cavalier, posée sur la béquille latérale, sur le large terre-plein. Lui, est allé jusqu'au milieu de la chaussée, se baisse et revient vers moi en tenant un objet dans la main :
— Regarde, j'ai trouvé un gant de motard!



vendredi 11 mai 2018

Les sources de M. Graminet ?

 Ce n'est pas parce que notre science a des limites, 
que le fonctionnement de l'univers 
doit se plier à ces limites.
(M. Graminet, alias D.C. O.).
 
Cet article fait suite à la nouvelle intitulée "Science fiction", qui vole son titre, comme vous le verrez... Allez vite la lire !**

Cliquez pour la nouvelle intitulée : Science fiction?
Et revenez nous voir...



Pour ceux qui sont au courant :

C'est vrai qu'on se demandait où le gentil M. Graminet était allé chercher tout ça.

Eh bien, sachez qu'au cours de ses incursions nocturnes sur le net, il lui arrive de tomber sur des vidéos pleines d'enseignements.

Malheureusement, la qualité de leur réalisation est déplorable : de mauvaises images, sans références ni dates, un mélange de dessins numériques et de vraies photos, des clichés mille fois vus, sans détails nouveaux, sans dimensions, sans lieux géographiques...
Et, cerise sur le gâteau, si vous avez eu la patience d'aller jusqu'au bout, vous vous rendez vite compte que, bien souvent, vers les 2/3 de la bande vidéo, on reprend depuis le début !*

Quoi qu'il en soit, la patience associée à un esprit critique solide, permet parfois de découvrir des bribes d'informations intéressantes, comme celles que vous trouverez dans la vidéo suivante, animée  par le célèbre ufologue et écrivain Jimmy Guieu, déjà averti du phénomène OVNI dans les années 50.
M. Graminet, ou son auteur, se sont sûrement inspirés de ce qui se dit à partir de la minute 41.
L'on entendra aussi s'exprimer M. Hopkins, le créateur du questionnaire-enquête, dont parle Alfred Leroux.


Sans rapport cette fois avec la nouvelle, quelques informations un peu confuses sur  cette autre  vidéo 
Vers la minute 45, sous les questions, le malaise de l'astronaute Claude Haigneraie est troublant. À la question :
— Au cours de vos missions, avez-vous été témoin de faits inattendus, étranges?
Après un temps, et avec une diction appliquée, elle répond quelque chose comme :
— Je n'ai pas vu quoi que ce soit qui aurait pu m'étonner.
Ce qui — vue sa gêne extrême — peut laisser entendre qu'étant avertie, elle n'a pas été étonnée de ce qu'elle a vu...

Voilà, M. Graminet vous laisse à vos recherches et à vos réflexions.

Mais le sujet des Extra-Terrestres, que personne ne veut aborder, n'est pas de ceux qui se ferment spontanément lorsqu'on n'en parle plus.



*Je me demande quel peut être le profil et la motivation des gens qui accumulent, en les mélangeant et en les dégradant, des morceaux d'émissions de télévision, des reportages de conférences, des extraits d'interviews. Je suppose qu'ils ne sont curieux de rien, et que leur seule préoccupation est d'occuper le maximum de place sur Youtube, afin que leur brouillon serve de support à des pubs, qui leur rapporteront environ 1€ tous les 10 000 clics sur la vidéo.

**Je rajoute cette précision, car les "statistiques" de mon blog me montrent beaucoup de lectures de l'article "Les sources de M. Graminet", et aucune de l'article maître.








mercredi 2 mai 2018

Le clignotant droit, un faux-ami...

     Revenons un instant à la circulation routière, cette activité qui nous concerne tous, et tous les jours que Dieu fait.
     Mon expérience de la route est grande — ou grosse, si vous voulez — puisque je conduis depuis environ 70 ans. Autrefois, dans une auto lente et rare, on n'avait pas les mêmes angoisses qu'aujourd'hui, où tout se passe parmi des petits bolides bourrés de chevaux et d'électronique, de ces engins que tout le monde ne sait pas utiliser totalement, ou a du mal à maîtriser.
     La circulation a suivi la même évolution que la démographie, elle est devenue insupportable. La démographie l'est pour notre pauvre planète, la circulation pour les usagers.
     Bon gré mal gré, nous avons tous pris des habitudes, plus ou moins efficaces, pour espérer rester entier dans la jungle routière. Les aménagements des autos d'aujourd'hui sont de remarquables outils, qui facilitent largement notre évolution au milieu de nos congénères motorisés.
     Il est cependant des cas, où quelle que soit notre prudence, quelle que soit l'attention que nous portons à cette activité, nous nous trouvons un jour ou l'autre dans une situation que nous n'avons pas voulue.


     Je vais vous raconter ce qui m'est arrivé récemment, et qui m'a fait réfléchir à un danger provoqué par un perfectionnement technique qui, au contraire, devrait ne nous apporter que de la sécurité. Je veux parler des clignotants.
     Dans la Chenard et Walcker de mon père, construite en 1930, il n'y avait bien sûr pas de signaux de direction. Un conducteur seul à bord qui devait tourner à gauche, était contraint, depuis sa place à droite, de faire un signe par-dessus le toit pour indiquer qu'il allait tourner à gauche. La plupart du temps, il ne faisait rien. Et tout se passait pacifiquement.
     Aujourd'hui, nos clignotants sont de merveilleux outils, dont l'usage intelligent permet à chacun d'approcher une plus grande sécurité, et de prendre une plus rapide décision, en fonction de ce qu'indique le signal aux autres usagers.
     Et c'est là que cela peut se retourner contre notre personne, en toute bonne foi.

     Je quitte une route importante pour entrer, à ma droite, dans une zone industrielle. Je clignote à droite et, roulant aux environs de 50 km/h, je m'engage dans la voie principale de cette zone. Elle suit une faible courbe, régulière, mais longue de plusieurs centaines de mètres. Après avoir parcouru environ 150 mètres, je vois à ma droite, arrêtée sur la ligne blanche d'un stop, une voiture dans une rue transversale. Alors que je suis à une trentaine de mètres, le conducteur, qui regardait dans ma direction, démarre. Je donne un coup de volant pour l'éviter et un coup de klaxon pour le sermonner. Il freine, en gesticulant, le visage empourpré par l'énervement. 

     Bien sûr, je trouve condamnable cette idée de quitter son stop au moment où j'arrivais. Il tente alors de me doubler, mais la circulation d'en face l'en empêche. 
     — Il est très en colère, me dit ma passagère. 
     Pour ma part, je dois tourner dans une petite rue à droite un peu plus loin. Il ne me suit pas.

     Et je comprends tout, brusquement, parce que, lorsque je manipule le levier des clignotants pour indiquer mon changement de direction, je ne sens pas le petit cran. Le clignotant est déjà en fonction à droite, et ce, depuis que j'ai quitté la grande route!
     Inconsciemment, j'ai certainement, comme chaque fois, compté sur le retour de la manette au point neutre, mais il ne s'est pas produit, à cause de la courbe ininterrompue de la voie que j'ai empruntée, et où s'est passé l'incident.
     Dans une auto, on a tellement l'habitude de voir les clignotants revenir à la position neutre automatiquement qu'on n'y fait plus attention. Mais c'est un tort...
     Je comprends maintenant l'exaspération du monsieur qui a démarré au stop : en voyant mon clignotant de droite en fonction, il pensait que j'allais entrer dans la voie où il se trouvait, donc qu'il pouvait démarrer...

     Je connaissais déjà le danger du clignotant à droite oublié sur un deux-roues, qui justement se trouve dans cette situation très dangereuse : une auto sortant d'une voie secondaire, peut très bien se fier au signal et venir percuter le motard distrait qui ne veut pas du tout tourner à droite.
     C'est pourquoi j'avais installé des buzzers sur ma moto, qui fonctionnaient en même temps que les clignotants.

     Comme je le disais, la circulation aujourd'hui est tellement difficile, à cause du nombre d'usagers au même endroit au même moment, que l'on cherche le moindre indice pour la rendre plus fluide, ou tout bonnement pour gagner une poignées de secondes.
     L'examen des clignotants des autres est utile dans ces cas-là, qui nous portent bien sûr, à maudire l'usager qui ne signale pas ses intentions et nous oblige à attendre son passage éventuel, alors qu'il va tourner avant, et que nous aurons attendu pour rien.
     Inversement, des feux clignotants allumés ne constituent pas toujours l'indice que nous croyons y déceler... 

     Restons prudents. Attentifs. Et humbles.