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samedi 2 février 2019

À vélo vers Compostelle 5...

Faudrait quand même pas s'endormir ! Il y a encore du chemin...



Dimanche 13 septembre : Estella-Najera (86 km)
    Le temps est toujours menaçant lorsque nous traversons, mon destrier et moi, le vieux quartier d'Estella, par la route, en direction de l'Ouest. Mais je crois que le chemin des piétons aurait été plus joli, par les ruelles et le bord de la rivière.
    Je repère bientôt les flèches jaunes du Camino qui traversent la route de droite à gauche, et qui se dirigent vers un chemin de terre, carrossable, qui monte derrière des bâtiments. Je le suis pour voir.
    Des pèlerins cyclistes aperçus au refuge, me dépassent et s'arrêtent un peu plus haut, devant une grande grille en fer forgé. J'avais complètement oublié la fontaine d'Irache : pourtant elle est célèbre sur le Camino. Ici, un producteur de vin a installé une double fontaine : deux têtes de lion en bronze crachent l'une de l'eau, l'autre du vin. Malheureusement toute dégustation nous sera refusée, les robinets sont fermés et les grilles sont tirées et cadenassées. Le dimanche, cela ouvre peut-être plus tard. Nous n'emporterons que des photos…
    Lorsqu'il n'y a pas de flèches, le chemin est signalé par des bornes légèrement trapézoïdales, comportant une faïence bleue et blanche représentant une coquille Saint-Jacques stylisée couchée sur le côté.

    Un peu plus loin, le chemin traverse à nouveau la route, et il est maintenant très engageant. Je ne tarde pas à rattraper le couple de "piétons" distingués qui dormaient par très loin de moi et qui s'inquiétaient de ma toux. Je trouve qu'ils ont bien marché.
    La piste large et lisse se transforme en sentier monotrace qui serpente entre les petits chênes : je me retrouve dans mon élément, et le petit bois en descente est traversé aisément debout sur les pédales.
    Mais le plaisir ne durera pas : je dois pousser le vélo dans des escaliers en montée, puis le long d'un champ sur une sente escarpée, heureusement longée par une haie de ronciers chargés de mûres délicieuses.
    Ce matin, j'avais mal plié mes affaires et les sandales ne trouvaient plus leur place dans le sac. C'est ainsi qu'elles furent amarrées, roulées dans leur poche de plastique blanc, sur le sac arrière. Maintenant, elles n'y sont plus et le sac ballote sous ses courroies détendues. J'ai perdu les chaussures dans les passages trialisants!
    Je décide de retourner sur mes pas. Le chemin étant assez fréquenté, je ne tarde pas à rencontrer un marcheur qui m'apprend que celui qui le suit a ramassé mon paquet et qu'il l'apporte. En effet, un grand type que j'avais dépassé arrive en chantonnant, le petit sac à la main. Il ne comprend pas ce que je lui dis en espagnol de cuisine, et me réponds en français. Il me tend le sac et m'assure qu'il ne faut pas que je me tracasse pour les remerciements : "Dieu me le rendra", dit-il en riant. Et il reprend son chemin et sa chanson.
    Je le rattraperai après avoir refait mon chargement, et lorsque je le complimente sur la distance déjà parcourue, il me dit qu'il a l'entraînement, parti depuis 3 mois de Belgique.
    Le sentier est plutôt pénible, longues montées, cailloux à perte de vue, et mes pneus qui ne sont pas adaptés. Je reprends la route dès que je la croise à nouveau, jusqu'à une station-service où je casse la croûte, pour me donner les forces nécessaires à vaincre ce sacré vent de face. Dur, dur.

    J'entre dans la ville de Logroño à 1 heure et demie, et commence la galère. Je dois trouver la route qui en sort, en direction de Burgos. Ça paraît simple, dit comme ça, mais je me retrouve encore une fois à l'entrée de l'autoroute. Et tous les gens interrogés m'y renvoient, même si je demande "la vieja carretera".  A croire qu'on l'a détruite.
    Je ne vois pas la signalisation propre au Camino, car elle doit partir du refuge, et je n'ai rien fait pour rejoindre ce dernier, qui pourrait bien se trouver à l'autre bout de l'agglomération.
    On finit par m'indiquer une route qui traverse un chantier, et qui se continue par une "carretera de piedras" et une "subida" (comprenez : une route en terre suivie d'une côte), qui me mènera vers Burgos. Elle se perd un peu dans les collines, et les vignobles, et comporte des croisements qui seront joués à pile ou face. J'ai perdu une fois et me suis retrouvé dans une ferme vétérinaire.
    Et, miracle, je retrouve les flèches jaunes qui m'annoncent que je ne suis pas tout-à-fait perdu. J'atteins une route goudronnée, où les marcheurs doivent garder le côté gauche. Le bitume m'attire tant que je ne cherche plus du tout la suite du Camino, qui va peut-être dévier dans la campagne à gauche, sans que je puisse le savoir, car je roule à droite, comme tout le monde.
    J'arrive ainsi dans un village dont le nom me déçoit : ce n'est que Navarette, qui doit se trouver à 10 km de Logroño, alors que je rame depuis près de 2 heures! Du coup je décide de continuer sur la route, car je voudrais arriver pour la nuit à Santo Domingo de la Calzada, une étape de 100 km.
    Mais le vent debout, et les bonnes montées sapent mon énergie, et lorsque la pluie s'y met, je décide de faire halte à Najera. Je trouve les flèches jaunes qui m'amènent au refuge, un vénérable bâtiment, dans un village ancien. Il n'est que 17 heures, des vélos dehors, mais personne à la réception. Un pèlerin espagnol à l'air sérieux, habillé en cycliste me dit qu'il faudra attendre 20 heures pour savoir si on nous acceptera, nous les pestiférés, les pèlerins à vélo.
    Voyant qu'il n'y a pas foule, je finis par me choisir une couche et prendre une douche. Lorsque les hôtesses arrivent, vers 19 heures, elles ne s'inquiètent même pas de savoir si on est "con bici" ou "peaton", ne faisant aucun cas de la pancarte affichée. Elles demandent 500 pesetas (20 F) et nous donnent un coup de tampon machinal sur le credencial.
    Après avoir utilisé les dernières forces de la batterie pour téléphoner à la maison, j'essaie de la recharger, et, à force de titiller le fil du chargeur, ça démarre! Mais je décide quand même de ne plus laisser l'appareil en veille.
    Le refuge, près de l'église, est adossé à une sorte de falaise de terre qui tombe dans le jardin mitoyen. L'intérieur est tout en bois, ce qui ne m'étonne pas, Najera semblant être la ville d'Espagne la plus spécialisée dans la fabrication des meubles. Certaines usines datent d'avant-guerre et étalent leurs façades véritablement monumentales le long de la nationale. La route est bordée pendant plusieurs kilomètres de bâtiments consacrés à ce type d'industrie. Incroyable!

    Un français d'une cinquantaine d'années raconte qu'il a failli interrompre son voyage parce qu'il a été dévalisé quelques jours plus tôt. En quittant le refuge, il s'aperçoit qu'il n'a plus son porte-feuille, pourtant attaché. Il retourne au local et ne trouve rien. Ses soupçons se portent aussitôt sur un drôle de pèlerin qui a dormi ici, et qui n'est plus là, alors qu'il semblait profondément endormi quand lui-même est parti, quelques minutes avant. Il n'a pas eu le temps de faire sa toilette, de se restaurer éventuellement. Il s'est sauvé!  Mais comme il a dû, hier,  montrer son credencial,  et qu'il a dit être parti de Tarascon-en-Ariège, son nom a été retrouvé et communiqué à la police qui a pris l'affaire à cœur. Ce curieux personnage faisait le Camino à l'envers, chose extrêmement rare de nos jours, et très difficile, car les sentes et les chemins sont si nombreux que le flêchage, déjà léger dans le "bon" sens, est impossible à remonter. Bref, le volé est encore sous le choc, et a beaucoup de mal à se débrouiller sans carte de crédit ni argent. Il est plein de reconnaissance pour une Australienne qui lui a avancé 200 F, l'exhortant à ne pas abandonner.

    Une publicité invite à rendre visite au resto du coin, l'Olimpio, qui fait un tarif spécial aux pèlerins. C'est minuscule, très sympathique, propre et très bon. Le patron, un sosie de Bobby la Pointe, pose une bouteille de vin de Rioja sur ma table en me disant que je paierai ce que j'aurai bu. Le vin et les calamars à la plancha en particulier, seront délicieux. Prix du repas, tout compris : 60 F.
    La nuit sera réparatrice : je n'ai entendu qu'un ronfleur, que quelqu'un est allé secouer, obtenant un silence définitif et tout à fait propice…


Lundi 14 septembre : Najera-Burgos (95 km)
    Ce matin, je n'ai plus rien à manger, je prendrai le petit déjeuner dehors. Mais avant de partir, je m'offre un café à la cuisine, où la coutume veut que les pèlerins laissent leurs provisions en excès à la disposition de la communauté. Il y a là du café instantané et, sur le réchaud, une marmite pleine d'eau chaude, avec une louche qui trempe dedans. Préparation rapide et dégustation bien agréable.
    Je dois être le dernier dans la place, et arrime mes bagages dans un grand calme. Dehors, il pleut. Je suis les flèches qui indiquent la direction de Santiago, espérant arriver sur la route dans peu de temps. Manque de chance, elles mènent à un chemin boueux qui monte sur une colline. Pas pour moi. Je fais demi-tour et repars vers le centre-ville, pour trouver la grande route.

    Pluie et montées. Pas très enthousiasmant. Je suis réduit une fois à un petit 7 km/h, alors que la côte n'est pas terrible, mais le vent oui. Mon fondement occupe toute mon attention, je pédale en m'asseyant sur une cuisse, puis sur l'autre. Puis je décide de compléter ma collation dans une station-service. La station-service constitue la halte idéale : on est abrité de la pluie, pas besoin d'attacher le vélo, et on trouve toujours quelque chose à grignoter à la boutique. Ce sera encore chocolat à la machine et biscuits.
    Un pèlerin, arrivé avant moi, repart lorsque j'arrive. Il enfile son poncho et me demande de le lui rabattre dans le dos, par dessus son sac. Puis il part sans hésiter dans la pluie.
    La route de Burgos est très fréquentée et les tourbillons causés par le passage des poids lourds me bousculent quelque peu. Dans une côte, un car me double vite et près, et le poncho se soulève et se rabat sur ma tête, m'aveuglant totalement. Je freine dans le noir, et du coup, je fixe le poncho sur le sac de guidon, à l'aide d'une courroie.
Deux cyclistes espagnols, vus à l'auberge, me doublent dans le vent. Le second (celui d'hier soir) est dans la roue de l'autre, je lui emboîte "le pas". Mais le voici qui se mouche, boit, et laisse filer l'autre. Moi, je ne le lâche pas et je me régale dans l'aspiration de son sillage pendant plusieurs kilomètres. Survient un raidillon pour passer sur un pont. Mon ouvreur change de vitesses, déclenchant un grincement inquiétant qui perdure malgré ses tentatives. Il appelle son copain sans succès. Je lui propose de l'huile, mais il en a. Il s'arrête, alors que j'accélère pour prévenir son compagnon, que je rattrape 2 ou 300 mètres plus loin, et qui freine aussitôt. Je ne les reverrai qu'à Santiago, où ils arrivent le même jour que moi.

    Nous sommes à l'entrée de Santo Domingo de la Calzada, nom venant de "l'ingénieur" Domingo, qui a réalisé pas mal de travaux par ici, en particulier la chaussée (calzada). Il a été canonisé par la suite. J'ai une photo de sa statue qui montre un barbu sympathique, et je voudrais savoir si cette statue est ici. Il y a aussi cette incroyable tradition qui consiste à conserver dans l'église, dans un poulailler suspendu comme une panetière, un coq et une poule blancs, depuis le Moyen-Âge. Ils sont bien là, et bien vivants, mais point de statue du père Domingo.  Elle doit se trouver dans un musée, ou ailleurs.
    Je flâne dans les vieilles ruelles et fais mes courses au supermercado du coin.
   Je m'arrêterai plus loin pour déjeuner, au chaud dans un abri d'autobus. Pour digérer, un col à 1150 m, le Puerto de la Pedraja, dans les Montes de Oca (Oca = Oie, Cygne, celui de la constellation). Puis des vallonnements, et en finale, une invraisemblable ligne droite qui mène à Burgos.
    Je passe par la vieille ville pour voir la belle cathédrale. Mais elle est tout emmaillotée, cachée par des toiles plastiques et des échafaudages. Il ne pleut plus et les gens flânent dans les ruelles.
    Je retrouve des flèches qui me conduisent à l'albergue, faite de plusieurs chalets de bois au fond d'un immense parc. Le ciel est pur, l'air très léger et le soleil bien agréable. L'accueil est sympathique, mais les châlits sont les uns contre les autres : presque pas de place pour passer, il ne faut rien laisser dans les ruelles… Pas de garage non plus pour le vélo, mais le vieil espagnol (gardien ?), qui habite à 20 mètres de là, dans un maisonnette en dur, le mettra dans sa remise fermée à clef, pour 200 pesetas (8F).

    Je m'attarde à la lessive dans la prairie, au soleil, où l'eau, douce, coule sans arrêt, par des tuyaux ouverts, sans robinets. On ne doit pas manquer d'eau par ici.  Ce tableau idyllique est tempéré par une pancarte aussi inquiétante que sibylline qui prévient qu'il faut faire attention, car "on y lave des seringues"… Je n'ai pas de détails.
    Le restaurant recommandé, qui fait un menu "special peregrinos", n'est pas très loin : il faut continuer dans le fond du parc, sortir par une grille monumentale, rouillée en position ouverte, et prendre à gauche. On atteint rapidement le Palas del Rei, magnifique ouvrage, qui, vu le nombre d'étudiants qui y circulent, semble avoir été transformé en bâtiment universitaire.
    Le restaurant est un plus loin, tout seul avant une sorte de no man's land. J'essaie de pousser la porte, en bois massif et petits carreaux. C'est fermé, car il n'est pas encore 8 heures. Mais le patron vient ouvrir et allume l'intérieur, qui apparaît dans toute sa splendeur : une sorte de bar américain, sombre et dont les boiseries brillent doucement. Des sculptures et des bas-reliefs dans du bois massif, le tout à profusion. Un bar de château! La table où je suis installé doit peser 100 kg.
    Je dînerai simplement mais solidement. Le vin est bon, comme d'habitude, mais là, le menu ne comporte qu'un verre. Mais il ne restera pas solitaire, ce verre-là. Prix du dîner : moins de 40 F. Dans ce cadre, où viennent boire quelques hommes d'affaires, ce prix modique paraît disproportionné, mais ne crachons pas ... dans la soupe.
    Je rentre au refuge dans le noir et passe devant des SDF qui s'installent pour la nuit au fond du parc, dans la zone la plus sombre.

    Au refuge, une dame dans la quarantaine, avec un accent pied-noir, tient en haleine un groupe d'hommes de toutes nationalités, qui paraissent fascinés par son débit. Elle parle de ses problèmes avec les espagnols qu'elle trouve anti-français, et pour cela, utilise alternativement le français et un espagnol qui me semble parfait, traduisant les passages qui lui paraissent sans doute les plus importants. C'est un spectacle! Au réveil, elle pérore encore, et j'apprends que c'est elle qui a tapé sur le montant de la couchette du seul ronfleur de la nuit. Qui n'a plus osé recommencer. Elle est habillée en "civil", et porte aux pieds des chaussures légères. Elle dit sa tristesse d'arrêter son chemin ici, mais je n'en connais pas la raison. Son dernier trajet de marcheuse sera pour rejoindre la gare, où je lui souhaite in petto de ne pas déclencher de réactions xénophobes, car elle est plutôt sympathique. 


Mardi 15 septembre : Burgos-Sahagun (138 km)
    L'hôtesse d'hier est toujours de service, et elle nous offre un café noir pour la route. Un temps de premier matin du monde, une température de 12 à 15°. Tout cela fait penser à un jour de mistral sans mistral.
    Je suis les flèches jaunes qui mènent tout le monde à la grand route. Lorsqu'elles bifurquent dans un chemin de terre, je reste sur le bitume : on verra plus tard. La route monte gentiment vers un petit col, et la vue est immense. Ça, c'est un col comme je les aime! Je téléphone à Claude pour lui faire partager ce petit bonheur, mais le répondeur reste de marbre. J'y rencontre deux pèlerins à vélo qui viennent d'Aix-la-Chapelle. Je les reverrai demain matin sortir de l'hôtel qui se trouve en face du refuge de Sahagun.
    Je rejoins Castrojeriz, où passe le Camino, et, influencé par les commentaires des guides, et aussi parce que la route goudronnée fait des kilomètres en plus, je prends le chemin des piétons. Au bout d'un ou deux kilomètres, le chemin se lance à l'assaut d'une colline, dans une longue montée de pénitents. Je pousse le vélo, depuis le bas jusqu'en haut, où se trouve une stèle, entourée d'offrandes (?) ou d'ex-voto, faits d'empilements de cailloux. 

    Le plateau est presque aride après tous ces champs de blé (fauchés). La descente est plus pentue et plus caillouteuse que la montée, avec quelques belles marches, mais un peu d'acrobatie constitue pour moi une bonne coupure. Il faut juste tenir compte des poids embarqués.
    Le chemin devient route de terre, et atteint une jolie aire de repos ombragée, avec une fontaine et un abreuvoir, des tables de pierre, et même des barbecues. S'y trouve un vieil espagnol à côté de sa bicyclette. Il me demande s'il y a beaucoup de pèlerins sur le chemin, et regrette les mois d'été où il voyait passer des tas de gens," y mujeres tambien",  (des femmes aussi) ajoute-t-il l'œil quelque peu égrillard.
    Comme je lui demande si le village de Itero est loin, il me répond, en comptant ses doigts : "Dos…".  J'ajoute "Kilometros ?", mais il n'est pas tout-à-fait d'accord, cherche cherche encore, plissant le front sous l'effort. Enfin, il ajoute victorieusement : "Y… medio!". Habite-t-il loin d'ici ? "Uno…" — "Kilometro ?" — "No… Y… y medio!"
    Un peu étonné de cette recherche effrénée de précision spatiale, je le laisse espérer le passage de belles étrangères aux jambes nues (esperar est le mot qui convient parfaitement dans cette situation) et continue ma route, non sans lui avoir demandé de me photographier, ce qu'il fait très bien. Contrairement à ce que je craignais, je n'aurai pas un gros plan de sa moustache, et le cliché sera parfaitement cadré.

    Je continue sur le Camino, plat et assez large pour des voitures. Il semble avoir été rénové récemment : il est bien lisse, fait de graviers tassés. Mais avec mes petits pneus, ça saute quand même un peu. Il devient monotone, mais il raccourcit vraiment la route, et on n'y voit pas de voitures.
    Avant d'atteindre Fromista, on suit un canal, apparemment non navigable aujourd'hui, mais qui ressemble fort au canal du Midi. Puis le chemin continue tout droit vers l'horizon plat de la Castille.
    Près de Ledigos, le Camino reprend la route goudronnée, et lorsqu'il bifurque à gauche, je reste un moment sans voir de flèches et prends un mauvais chemin qui m'amènera… dans un labour. Pour ne pas refaire tout ce chemin en sens inverse, je continue, debout sur les pédales,  dans les mottes et les chaumes et rejoins une route qui n'est pas sur ma carte et qui rallonge mon trajet. Ce n'était pas la peine de chercher à le raccourcir, pour l'augmenter bêtement!
    J'atteins Sahagun à 6 heures du soir, un peu fatigué, tout de même après 138 km de voies variées.

    Ici, le refuge s'appelle "albergue municipal" et se trouve dans un volumineux bâtiment qui aurait pu être une église fortifiée autrefois. Le hall majestueux comporte un mélange d'ancien et de moderne (portes en verre, bois collé). On emprunte un extraordinaire escalier de bois blond, pour se rendre au premier où se trouvent dortoir, cuisines, douches  et "servicios" (toilettes). La rampe de l'escalier est faite de bois collé, comme les couches d'un sandwich américain. Toute la charpente est faite de la même manière et repose solidement sur les murs du bâtiment ancien. Plancher et châlits, tables et bancs, bois partout! Les lits superposés sont espacés et disposés dans des sortes de boxes largement ouverts sur le couloir central. Matelas épais, oreillers. Dommage que la douche soit froide.
    Allongée sur une des couchettes les plus proches de l'allée, une jeune pèlerine en culotte et T shirt, expose sans retenue la plus grande partie de son anatomie.
    Je descends vers la place centrale de la ville, à la recherche d'un bar à tapas. Celui qui fait sa publicité dans le refuge est dans une ruelle infâme et ne présente guère mieux que son environnement. Il y a plusieurs brasseries autour de la place, sous les arcades. Publicité pour des sandwiches, mais pas de tapas, ni petits restaurants.
    On m'indique le restaurant de l'hôtel Alfonso VI, mais on n'y sert pas avant 21 heures. Pas question de se coucher si tard! J'achète des bricoles au supermercado, et aussi une bouteille d'excellent Rioja, dont je laisserai la moitié à la communauté.


(à suivre - si ça vous intéresse)
 

mercredi 16 janvier 2019

À vélo vers Compostelle 4

J'avais omis de vous donner mon proverbe favori à propos de ce voyage à cheval sur une selle de quelques centimètres-carrés. Je pense que sa traduction est évidente...

El viaje hasta Santiago, es milagroso,
para el espiritu. 
Pero el es sempre doloroso, 
para el culo. 
(Proverbe personnel)



Continuons le Chemin, en Espagne maintenant :

Samedi 12 septembre :  Saint-Jean-Pied-de-Port - Estella (122 km)
    J'ai dormi la fenêtre ouverte et j'ai entendu plusieurs fois dans la nuit le chuintement caractéristique des pneus de voitures sur l'asphalte mouillé. Aussi, je ne suis pas étonné de constater que ce matin est un matin anglais. Le jour a du mal à se lever, et tout est très humide.
    Une éclaircie me permet d'harnacher ma monture sans déranger deux fois la patronne pour la porte de la cave. Le temps de faire mes petites provisions de pommes et autres bananes, et je pars, en décidant avec un optimisme que j'espère opératif, de ne pas revêtir le poncho. Je roule dans une brume mouillée qui, malheureusement, quelques minutes plus tard, devient pluie.
    Je m'équipe donc, et attaque la montée sans précipitation. La route s'élève irrégulièrement : elle le fera pendant 25 km. Je traverse les minuscules villages d'Arnegui et de Valcarlos, où la rive droite du torrent est française et la gauche espagnole. Malgré mes efforts, je n'aperçois aucun poste frontière ancien ou récent, fermé ou ouvert. Et moi qui ai tenu à emporter mon passeport! Il ne me servira qu'en Galice où on me le demandera dans les refuges! Incroyable!

    Alors que j'enroule un petit 32/26 (pour les non-cyclistes, la chaîne se trouve alors sur le plateau du milieu et à l'arrière sur le 2ème gros pignon, une combinaison moyenne pour les côtes pas trop dures), je lis les recommandations sur la route, adressées à Miguel Indurain, enfant de Pamplona, ville voisine, peintes lors d'une course en descente :"Perico", "pruden Miguelon".  On l'aime bien par ici, Miguel.
    J'arrive au col de Roncevaux après 2 heures 30, les pieds trempés, et le reste humide et froid. Je fais de la buée en expirant (en expirant l'air).
    Il faut amorcer la descente pour atteindre les bâtiments de la mini-agglomération, constituée par l'église, ses dépendances, le refuge, l'hôtel-restaurant, ainsi que d'autres bâtiments à la Vauban que je ne connais pas. Mais je ne suis pas très "chaud" pour faire du tourisme sous la pluie qui a redoublé. Les touristes du samedi ressortent du magasin de souvenirs avec des capes en plastique rouge frappées du sigle de Compostelle, pas peu fiers!





La croix de Roncevaux (dessin DCO)

    Le bureau d'accueil des pèlerins porte une pancarte "Peregrinos, no turistos". Le monsieur en civil, fort civil, qui s'y trouve, m'invite fermement à entrer, ce que je fais un peu gêné, dans un clapotis incongru pour la majesté des lieux, et peu convenable pour le plancher ciré. Il tamponne volontiers mon credencial et me demande où je compte arriver aujourd'hui. Je réponds un peu au hasard : Estella. Il est 11 heures et Estella est à près de 100 km. Mais ce sera vrai. Il approuve et me souhaite un buon camino.  
    Je rejoins ma bicyclette (enchaînée) juste à temps pour acheter un pain à la camionnette du boulanger qui fait halte sous le porche. Me voilà paré pour ce qui est du carburant : c'est le souci permanent, mais finalement on ne mange pas grand'chose à midi, on est vite rassasié.
    Alors que je m'apprête à me geler dans 25 km de descente, car on n'est jamais content, je me rends compte que la déclivité cesse rapidemment. Pas assez cependant pour le pauvre poncho dont les basques claquent dans le vent de la vitesse (60 à l'heure) et qui se délite progressivement. Voilà pourquoi les autos klaxonnent : l'ourlet s'est déchiré et traîne derrière moi comme une queue de Marsupilami. 
    Maintenant, je suis sur le plat. Et puis ça remonte, et drôlement encore! Après 3 ou 4 km j'arriverai, dans une éclaircie, à l'Alto de Erro, un petit col, où se trouve une aire de pique-nique bienvenue. Il ne pleut plus et je m'installe à la table de pierre brute, qui porte en son centre un massif qui jouera pour moi les coupe-vent. 
     Il se trouve que le Camino, le vrai, celui des piétons, traverse la route ici même, et je vois passer, en une petite demi-heure, une dizaine de pélerins. Dont une toute jeune femme qui se laisse choir à côté de moi sur une pierre-siège, défait les sangles et "sort" pratiquement de son énorme sac à dos. Lequel reste bien droit, avec la forme du corps encore visible en négatif. Drôle d'impression. 
    Elle est épuisée et me demande si je parle anglais : elle veut savoir si le village de Zubiri est encore loin. Je sors ma carte et lui indique 5 km par la route. Devant son air désespéré, je m'empresse d'ajouter que le camino doit être nettement plus court, car il coupe tous les lacets, ce qui est vrai, et qui, d'après le guide, constitue une contre-indication pour les vélos, car la pente est trop raide. Elle refuse ma pomme et repart en traînant les pieds. Il ne lui reste que 780 km à parcourir…

    La pluie revient en douce et je plie bagage. À ce moment une sonnerie lointaine de téléphone me rappelle que j'ai un portable et que ce doit être le mien qui sonne. Il faut ouvrir la sacoche de guidon, trouver la boite dans laquelle voyage l'appareil, l'abriter de la pluie, alors que ça sonne toujours. Lorsque j'arrive enfin à décrocher c'est pour entendre le plus grand des silences. Je raccroche et je lis sur l'écran ce mot bizarre : Movistar. N'ayant pas réussi à recharger la batterie la veille, je ne suis pas étonné de voir aussi apparaître le signal indiquant qu'elle est faible. Alors j'éteins tout, en me disant que dès que j'aurais pu la recharger, je lirai le message que mon correspondant m'aura sûrement laissé. Je saurai plus tard que c'est Didier qui m'appelle alors qu'il est en balade cycliste avec les copains, et qu'il voulait savoir comment s'était passée l'ascension du col de Roncevaux. Dommage! Et Movistar est le nom du réseau espagnol qui a pris le relais d'Itinéris. Moi, j'attendais Telefonica, celui que les Télécom m'avaient annoncé.
    C'est vrai que le Camino a commencé à Saint-Jean-Pied-de-Port, mais il était hors de question, même par beau temps de faire la montée par le chemin : il doit falloir pousser le vélo tout le temps (un vélo de 20 kg), car les sentiers se moquent des pourcentages et coupent souvent tout droit. Et sous la pluie, la descente ne me disait rien de bon, les guides indiquant des passages difficiles. Nous verrons plus loin, quand j'aurai progressé un peu plus vers ce qui me paraît encore comme presque inaccessible. 
    De ce côté-ci des Pyrénées, le paysage est beaucoup moins vert et rappelle les régions méditerranéennes. La route est sans charme jusqu'à Pamplona, mais ça avance bien. Peut-être que ça descend tout de même un peu ?

    Je traverse la ville moderne sans l'avoir vraiment voulu, et je la trouve très belle. Il ne pleut plus. Je cherche ma route, suis dévié par des rues barrées pour travaux et du coup, je passe deux fois devant l'Universté Navarraise! Je dois trouver la route de Logroño, or, c'est la même que celle de Madrid au début. Donc seule Madrid est indiquée.
    C'est une grande route nationale, genre autoroute, avec des bosses ("côtes" en langage cycliste), et des bosses. Heureusement que la piste reservée aux cycles est large et bien lisse. J'y suis tout seul!  Ennui…
    Dans une grande montée avant Puente la Reina, un bruit étrange mais agréable et envoûtant, se fait entendre et enfle progressivement : ce sont les hélices de dizaines d'immenses éoliennes modernes qui tournent au dessus du talus en émettant un émouvant chant de sirènes.

    Je ne fais que photographier le pont qu'une Reine a fait construire de ses deniers pour les pèlerins, et file vers Estella, à 22 km. De toutes façons, j'apprendrai plus tard que le refuge de Puente la Reina est fermé. Je m'arrête pour demander de l'eau à une station service et l'employé, en réponse à ma question, m'annonce froidement 3 (trois!) côtes avant Estella, chacune d'environ 4 km. Quelle bonne nouvelle! 
    Enfin, elles se laisseront dompter elles aussi, et j'arrive au refuge (albergue de peregrinos). Ce n'est pas un monument historique mais une belle bâtisse récente et bien équipée, située cependant dans la vieille ville. Ce sera aussi la plus chère, pensez, 700 pesetas (29F). L'employé demande mon credencial, y appose sa "fecha", et m'indique du pouce le premier étage. Je demande où garer mon vélo : ce sera dans la petite cour intérieure, où s'entassent déjà une dizaine de vélos dont plusieurs Décathlon (espagnols). Le lavoir est ici aussi, ainsi que quelques cordes à linge, toutes occupées. Je mettrai mon linge à sécher sur le vélo.
    À l'étage, s'ouvrent deux dortoirs, je choisis le moins peuplé, et m'installe sur une couchette du bas. La position en hauteur me plairait assez, mais j'ai tôt fait d'imaginer les inconvénients : rien pour poser ses affaires, redescendre si on a oublié quelque chose… La couche est constituée par un matelas recouvert de tissu à motifs de couleur. Ce sera partout pareil, avec oreiller et couverture en plus ou en moins. Et c'est plutôt propre, sans aucune odeur, merci.
    La douche est chaude et on y patine un peu, mais il y a un écriteau recommandant d'utiliser le "mop", mot anglais signifiant faubert. Ça n'essuie guère, mais ça éponge un peu le sol. Je trouve une prise pour le téléphone et le chargeur marche.
    Plus tard, je me rends à la salle à manger pour casser la croûte. Une bande de jeunes français fait beaucoup de bruit autour des fourneaux où se mijote je ne sais quel rata assez compliqué. Je complète mon dessert au distributeur automatique par des biscuits et un coca bien frais, la bière est épuisée (ou supprimée ?). Un jeune asiatique, chinois ou japonais, je ne sais, croit me parler en français, mais je n'y comprends pas grand'chose. Il abandonne et va vers le groupe qui cuisine. Je verrai demain matin qu'il dispose d'un vélo de ville, style ancien.
    Il y a des bavards très sonores jusqu'à 10 heures du soir. Comme il n'y a pas d'oreillers, je m'en fabrique un avec ma veste de survêtement, et la fatigue aidant, je plonge dans le sommeil. La nuit sera calme, PERSONNE NE RONFLE. Je tousse un peu, mais pas trop.

    À 6 heures du matin, dans le noir, la chambrée résonne de mille petits bruits : des glissements de zips et des froissements de plastique, des grincements de portes, alors que les lampes de poche balaient l'obscurité. En bas, les bavards espagnols ont repris leur discussion. Un peu plus tard, certains s'enhardissent à allumer les plafonniers et alors le repos est vraiment terminé. De toutes façons, on est prévenu : il faut quitter les lieux avant 8 heures et demie.
    Le petit déjeuner me sera fourni par le distributeur : deux gobelets de chocolat au lait, avec le reste de mes biscuits d'hier soir.

    Le nom d'Estella (étoile), est remarquable lorsqu'on s'intéresse à l'origine supposée de ce pèlerinage. On peut penser en effet que les religieux ont adapté à leurs croyances un voyage initiatique athée qui existait depuis des millénaires et qui suivait un itinéraire reproduisant au sol, la forme de la Voie Lactée. On ne sait de quelle étoile il s'agit ici, mais ce nom, en un endroit proche de la réunion des deux branches du Camino, des deux bras de la Voie Lactée, est suffisamment parlant par lui-même.
    Dans le même ordre d'idées, on trouve, pas très loin, le nom de Leyre, à rapprocher de la constellation de la Lyre. Plus loin, Montes de Oca, les Monts de l'Oie, allusion à la constellation du Cygne. Leon / Lion. Campos stella / camp de l'étoile. 
    Ici l'on "marche" dans les étoiles, qu'on le veuille ou non...

(à suivre)
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dimanche 13 janvier 2019

Des robots pornos?

Depuis quelque temps déjà, je me pose des questions sur mon lectorat, comme on dit.
Je sais qu'il est réduit, mais je ne recherche pas la quantité. Par contre, je connais la qualité de mes amis et connaissances qui le lisent, et parfois l'apprécient. Et cela me convient.

Mais voici ce dont il s'agit : dans la partie "rédaction" qui m'est réservée, il y a une rubrique "statistiques" qui me donne les noms des FAI des lecteurs, et parfois les noms de sites ou forums qui consultent mon blog.

Parmi ceux-ci, il y a quelques sites aux noms très semblables, des noms comportant généralement un prénom féminin, qui sont consacrés à une activité pornographique de basse qualité. 

En outre, ce sont toujours les mêmes 5 ou 6 articles qui sont consultés. C'est pourquoi, je suppose que ce sont des "robots" informatiques, qui font semblant de lire mon blog.  Je dis "font semblant", car la nature de mes écrits est bien loin des préoccupations habituelles des pervers qui fréquentent les sus-dits sites.

Par exemple, à une époque, un tout petit article article tout-à-fait anodin sur un insecte photographié dans mon jardin, avait été lu des centaines de fois. Alors que des textes intéressants ou amusants étaient négligés sur la même période. 

C'est pourquoi je suis étonné, car j'ignore le but de ces manœuvres, et l'intérêt qu'ont ces sites de prétendre s'intéresser à mon blog. 

Si quelqu'un a la réponse, je le remercie par avance de me la faire connaître... 

Je préfèrerais mourir informé.

dimanche 30 décembre 2018

À vélo vers Compostelle 3

À la demande générale (euh...), voici la suite de ce voyage initiatique, qui date un peu...


Jeudi 10 septembre : Montgaillard-Saint Christau (76 km)
Départ sous un ciel bien gris. Va-t-il pleuvoir ? Pour l'instant j'apprécie les beaux paysages qui se dévoilent le long de la route de Lourdes. Route vallonnée mais facile. Saint-Pé-de-Bigorre, Lestelle-Betharram, et autres jolis villages. Belles demeures anciennes, de style "notaire". Je traverse même Bruges …
Casse-croûte dans un abri d'autobus, bien propre, près du square, à Louvie-Juzon. Il ne fait pas chaud et pleuviote. Je demande au facteur à vélo qui vient ramasser le courrier dans la boite jaune (lui, il sait ce que pédaler veut dire), si la petite route vers Saint-Christau est difficile, ou s'il vaut mieux emprunter la grande route et faire le détour par Oloron. Il m'encourage à prendre la première, qui va traverser le bois du Bager, une forêt impressionnante. 
Le poncho est bien arrimé : il recouvre bien le guidon, et, dans le dos, il est rentré sous ma ceinture-banane pour ne pas remonter dans les tourbillons. La capuche n'est pas utilisée, je porte le casque qui me protège totalement le crâne et le haut du visage grâce à la visière. Equipé comme ça je peux rouler indéfiniment, ou presque …

La longue montée dans la forêt est aisée. La pluie éclabousse la route tandis que ruisselets et cascatelles bruissent de partout. Mes pieds sont trempés mais je ne ressens pas du tout le froid, c'est presque confortable.
 Mais quelle soif! J'ai fini ma réserve d'eau tout à l'heure en mangeant et je roule depuis un bon moment sans trouver ni fontaine ni station-service. Je tire la langue (au sens propre) et lèche l'eau qui coule sur ma lèvre. C'est loin d'être suffisant, aussi je lorgne le petit lac qui se forme dans le poncho au-dessus du sac de guidon et que je vide de temps à autre pour éviter du poids inutile. Je finirai par le boire avec délice, maintenant que le poncho est bien rincé. 



Dans la dernière montée, je suis dépassé par des jeunes gens à VTT, chargés de grosses sacoches mais pas protégés de la pluie. L'un d'entre eux est en polo. Je me dis qu'ils doivent être trempés jusqu'aux os. 
Puis la route descend vers Saint-Christau. Il y a un hôtel juste à l'entrée. Il n'est que 14 heures 30 et je ne ressens aucune fatigue. J'hésite un instant, car la ville la plus proche est Oloron, à 10 km, un peu en dehors de ma route maintenant que j'ai pris ce raccourci, et plus loin, il n'y aura plus de possibilités de se loger. Je choisis de m'arrêter ici. Et cela coupe bien en 2 étapes le trajet qu'il me reste à couvrir jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port, qui est encore distante d'environ 80 km. Il pleut toujours. 
L'Hôtel des Vallées est très curieux : un large couloir donnant accès à droite à un salon, à gauche à la salle à manger-bar, et au fond à une véritable cour intérieure comme dans les maisons arabes, avec une galerie à l'étage, en bois, qui fait tout le tour. Mais cette cour est fermée par une verrière bombée comme une piscine d'hiver, ou une gare... Plus loin, on trouve une salle de bal (ou autres activités), le tout en parquet… Cet établissement a dû avoir ses heures de gloire. Les chambres d'origine sont maintenant complétées par des "motels", comme celui que j'aurai : un joli petit chalet dans le verger, avec mezzanine et lits en haut et en bas, coin cuisine et tout. Mon vélo sera tout seul dans un coin de la salle de bal qui doit bien faire 20 mètres sur 10.
Ici, je suis sur la route du col du Somport, qui se trouve à environ 40 km au Sud. C'est une voie du chemin de Compostelle, mais elle est traditionnellement réservée aux "opératifs", c'est-à-dire les compagnons, maçons, charpentiers, et autres ingénieurs et architectes. Elle rejoint le Camino francesà Puente la Reina, en Espagne. A partir de là-bas, le chemin est unique. Je préfère me classer parmi les "spéculatifs" et emprunter comme eux le col de Roncevaux, passage le plus qualifié.
Je prends des revues sur le présentoir de la galerie et passe une après-midi plutôt cool, après la petite lessive. Le dîner sera d'une longueur éprouvante, mais tout ceci est acceptable car je bénéficie du tarif VRP, 275 F avec le petit déjeuner. 

Vendredi 11 septembre : Saint Christau-Saint Jean Pied de Port (80 km)
Malgré l'étude préalable de la carte, je me trompe de route et effectue 2km pour rien. La bonne direction retrouvée, je prends mon rythme sous un ciel bas. Quelques trous dans les nuages font croire qu'il ne pleuvra peut-être pas aujourd'hui.Vamos a ver.
Je traverse Arette, village rendu tristement célèbre par le tremblement de terre des années 50. On trouve ici de très beaux paysages : la campagne revue par un imagier d'EpinaL Le village d'Aramitz, en particulier, est magnifique, avec ses maisons propres et fleuries. Le cadre qui l'entoure est ravissant : petits vallonnements, ruisseaux et rivières, bois et près, maisons et chemins dans le lointain. L'horizon ne montre que collines et montagnes des Pyrénées. Ce village qui s'étend sur le plateau possède curieusement un magasin moderne et assez important de location d'articles de sport d'hiver. 
Plus loin, à Tardet, c'est l'opposé. Ici, les maisons sont grises et mal entretenues, décrépies ou ruinées. Le village n'est pas du tout soigné. Une rue principale sans harmonie avec quelques vilaines arcades. Les villages suivants sont dans le même style : est-ce cela le Pays Basque?

J'évite le détour par Mauléon, et me dirige vers le Col d'Osquitch. C'est le premier vrai col du voyage. La montée commence sans prévenir au niveau de la plaque du village de Musculdy. Y-a-t'il ici une allusion aux muscles nécessaires ?
Le pourcentage est assez gentil et régulier. Au bout de 4 ou 5 km, on arrive au panneau, à côté duquel un paysan vante et vend son fromage. Mais ce col est bien frustrant car il n'y a pas de sommet bien net, ni de point de vue à l'endroit le plus élevé. 
Je m'arrête un peu plus loin, à l'abri du garage d'un restaurant, car, s'il ne pleut pas, il fait plutôt frais. Pendant que je me restaure avec mes provisions, un jeune cycliste arrive, assez chargé. C'est un pèlerin Suisse qui attend son compagnon de route, un vieux de 58 ans, qui mettra 20 minutes pour arriver. Ce dernier, aussitôt le pied à terre, demandera quel est son retard. On lui ment un petit peu, alors il affirme mériter une récompense, et sort ses cigarettes. Il s'est remis à la bicyclette depuis 3 mois pour s'entraîner en vue du voyage, et utilise un vélo type "demi-course", avec dynamo et garde-boue, chargé comme un mulet. Ils vont cahin-caha vers Compostelle, et sont enchantés de leur périple depuis Saint-Julien : "la France est très belle". 

La route maintenant descend, mais pas jusqu'à l'arrivée. J'ai repéré un petit raccourci sur la carte, mais les panneaux qui ont l'air bricolés, indiquent un nom bizarre comportant des X, pas le même que sur la carte : œuvre des autonomistes? La petite route est en assez mauvais état, et ne dessert que des fermes et un village triste, où il faut encore trouver sa route. Plusieurs fois des chiens agressifs m'ont donné l'assaut, un assaut resté vocal (grâce à mes cris à moi ?). Je regrette un peu la route normale qui devait être bien plus sympathique.
J'arrive à Saint-Jean-Pied de-Port sous quelques gouttes. A l'entrée de la ville un grand magasin de sport et de cycles m'interpelle, comme on dit. Je demande encore une fois ma pommade miracle, la crème Kramer. Encore une fois, la réponse est négative. Une vendeuse compatissante me conseille l'Akiléine Nok, en pharmacie. Il paraît que la marque rendue célèbre par son "dentifrice pour les pieds" a étendu sa gamme aux produits anti-frottements. 

Je trouve l'un des hôtels conseillés par le Routard et m'y installe. Douché et habillé presque normalement (survêtement), je me rends, par les rues moyenâgeuses, à la Société des Amis de Saint-Jacques, qui se trouve juste à côté de chez Madame Debril, spécialisée dans l'histoire du pèlerinage de Compostelle, et jusqu'à ces derniers temps, seule référence pour les pèlerins. Cette dame, citée par mon compère Claude, je l'évite, car elle n'avait jamais répondu à mes lettres de demandes de renseignements. J'ai appris plus tard qu'elle n'aime pas les pélerins qui utilisent le vélo sur le Camino. Et mes timbres pour la réponse alors ?
Par contre, le couple de bénévoles (BC BG) qui "fait sa semaine", me reçoit très cordialement et tamponne mon credencial, (sorte de passeport pour faciliter le logement dans les auberges de pèlerins en Espagne, et … document-souvenir), en s'étonnant d'être les premiers à le faire depuis mon départ. Fallait-il le faire tamponner par les hôteliers ? Ils me disent que je suis pour eux, le premier pèlerin "patronné" par la toute nouvelle Société des Amis de Saint-Jacques de Provence.
Etant à mi-hauteur de la Citadelle, je pousse jusqu'au sommet et me promène sur les remparts et dans les fossés de ce batiment très bien conservé. Sacré Vauban! Grâce à la table d'orientation au dessin naïf, je repère au loin le col de Roncevaux que je franchirai demain : il me paraît suffisamment haut.
En redescendant, je repasse au bureau d'accueil pour demander un renseignement complémentaire, et la dame est contente parcequ'elle avait oublié de me demander mon âge, "pour les statistiques". Dans le doute, elle avait écrit :  54. Flatteuse, va!
J'ai effectué 670 km français depuis Arles. Il en reste dans les 800, espagnols. 
À demain!


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samedi 10 novembre 2018

À vélo vers Compostelle 2


 Voici la suite, pour les amateurs...

Lundi 7 septembre : Le Somail-Montréal (70 km)
Après une nuit longue et silencieuse cette fois (même pas une voiture), dans une chambre à l'ancienne, mais confortable, je me réveille à 6 heures et demie. Je prépare les bagages : il faut tout plier et replier pour que ça tienne dans mes petits sacs. Comme le petit-déj n'est prévu que vers 8 heures, heure du passage du boulanger, j'ai le temps de réparer la chambre à air percée.
La patronne du lieu, ne loue que 2 ou 3 chambres, et l'une d'elle occupée depuis plusieurs jours, se libère en même temps que la mienne. Elle me raconte que le jeune homme un peu effacé qui l'occupait, et que je croise, est le fils d'amis à eux, et qu'il s'est retiré ici à la suite d'un passage à tabac qu'il a subi dans une discothèque sans savoir pourquoi, a-t-il raconté. Il a le tour des yeux encore un peu jaune, mais effectivement, il a plutôt une bonne tête.
La note est prête : 185 F + 25 F = 210 F . Le prix est affiché dehors, à côté d'une publicité pour le Routard, où j'ai trouvé l'adresse.

Départ sous le crachin par une petite route qui ne va pas tarder à suivre le canal presque comme un chemin de halage. J'ai le coup d'œil sans avoir les secousses, c'est parfait. Hier avec 45 km de chemin cahoteux, j'ai eu ma dose, les petits pneus de 1,3 pouce, gonflés à 4 kg ne valent rien sur les chemins.
 Le paysage est magnifique et les petits villages qui ont poussé le long du canal sont un régal pour les yeux : Ventenac, Paraza, Roubia.
 A remarquer aussi la belle écluse de l'Aiguille, dont les abords sont décorés (?) de sculptures (??) faites par l'éclusier lui-même, un jovial gros barbu : racines et bois mort travaillés pour ressembler à des animaux ou des personnages monstrueux. Tout en éclusant un coup de flotte, je le regarde sasser un bateau, et je repars.
Pas de pluie. Pas de soleil non plus. Mon ombre n'apparaîtra que quelques instants, pour lécher les herbes du bas-côté, jusqu'à Argens-en-Minervois, où plusieurs villas en construction sont en briques, et non en agglos, comme vers chez moi. Le canal passe au bout de l'agglomération et je le traverse pour continuer mon chemin.

Petites routes sans charme jusqu'à Carcassonne. Puis nationale et longue traversée de la ville, qui, miraculeusement, me mène pile sur la route que je guettais, celle de Mirepoix.
Le vent, de face depuis quelque temps, fraîchit, et me contraint à un petit 10 ou 12 km/h, dans un paysage vallonné rappelant la Touraine. Comme mes forces baissent et qu'il est 1h et demie, je décide de m'arrêter contre un foudre publicitaire, posé au bord de la route. C'est le seul abri contre le vent dans cette taïga méridionale. Au menu: saucisson, fromage et banane.
Après une autre application, sans espoir, de pommade-pour-derrières-de bébés, je repars, et la pluie arrive brusquement avec éclairs, tonnerre et rafales de vent. J'ai revêtu le poncho de Didier, et le passe par dessus le guidon. Mais le vent le fait tourbillonner, j'ai de l'eau dans les yeux, je suis noyé par les gerbes que m'envoient les voitures. Pénible, et pas au point. Je m'arrête dans un abri de bus, après m'être fait une place en repoussant du pied l'amas d'ordures qui s'y trouve. Mais l'orage est bien installé, et comme je n'ai pas très chaud, je perds patience et repars dans la tourmente, bien décidé à atteindre au moins Montréal, en pensant au merveilleux cassoulet au confit de canard que nous y avions mangé, à 5 heures de l'après-midi, avec Claude, quelques années auparavant.
Alors que je peine contre les éléments dans la longue côte qui mène au village, j'aperçois un panneau indiquant un motel juste là, à côté, et l'allée qui y mène descend même un peu ! Dans les circonstances présentes, ça ne se refuse pas!
Le patron jovial m'accueille avec le sourire et, voyant mon équipement, me demande si je livre le "gratuit" local… Il m'invite à rentrer mon vélo dans la chambre, en me disant que depuis qu'il a eu l'équipe de France féminine de cyclisme, il sait ce que c'est. Le restaurant est ouvert, donc ce soir, pas de souci pour dîner.
Bain et sieste réparateurs, alors que la pluie a cessé. Au dîner, j'essaie encore le cassoulet, qu'on me garantit fait par la maison. Il ressemble fort à celui d'hier soir, avec ces espèces de saucisses sans goût, faites à base de … couenne ! Mais enfin, tout cela est fort correct pour le prix : chambre, dîner, petit déjeuner : 245 F.


Mardi 8 septembre : Montréal-Saint Girons (108 km)
A 13 heures, je déjeune au bord d'une petite route près de Foix. Une voiture toutes les 10 minutes, il fait un temps radieux. Je suis au soleil, presque couché contre un talus herbeux. Au menu : épi de maïs volé dans un champ, saucisson, bananes, et mûres de la haie voisine. La route a été éprouvante, avec un vent venant le plus souvent de face. C'est le vent du pays, "autan" emmerdant que le mistral. Il fait payer cher son rôle de chasseur de nuages. La pluie du départ n'a pas duré longtemps.
Je m'arrête à Mirepoix pour renouveler la provision de bananes et de pommes. Ce qui m'amène au cœur de cette magnifique ville moyenâgeuse, avec ses vieilles rues et sa place bordée de galeries en bois, qui jouent le rôle d'arcades devant les magasins.
Il n'y a presque plus de vignes par ici. La campagne est vallonnée, bien verte, avec des prairies, des champs de maïs et des bois. Beaucoup de petits villages viennent distraire la vue du pèlerin condamné à la grande route droite. Mais j'ai repéré une petite route blanche (blanche sur la carte Michelin) qui longe une rivière, nous allons voir ça…
Mon attente n'est pas déçue : la petite route qui (après une bonne montée), s'ouvre sur la vallée cachée, est adorable, avec ses belles prairies et ses rares maisons proprettes. Légèrement en descente, elle permet un petit 30 km/h sur le 42/11. Un vrai plaisir! On arrive, par Aigues-Juntes, au Mas-d'Azil. La "grotte", creusée à travers la montagne par le torrent, a été utilisée par les hommes qui ont construit la route à côté de la rivière, dans le tunnel naturel. Quelques projecteurs ne parviennent pas à mettre en valeur comme il le mériterait, ce site extraordinaire.
Ensuite, j'aurai droit à une longue montée sans > sur la carte, mais pénible quand même, à cause du vent, toujours présent. La fatigue aidant, on se dit parfois que le cartographe s'est trompé et qu'il aurait dû dessiner la route comme une arrête de poisson, avec des >>>> en quantité.
En approchant de Saint-Girons, la route redescend quelque peu, et permet d'admirer tranquillement de jolis ponts sur le Salat.
Je trouve un petit hôtel en ville, style 1930, où le patron gare mon précieux vélo à côté de sa moto, dans son garage personnel. Il est 17 heures, il fait doux, presque chaud. La ville est animée. De vieux bâtiments trempent leurs fondations dans le Salat qui coule par dessus des digues en faisant beaucoup de bruit. Fâché avec la cuisine locale, je dînerai d'une pizza grande et d'une bière fraîche. Dessert : cornet de glace au bord de la rivière, alors qu'il fait encore grand jour, car je me trouve déjà bien plus à l'Ouest, où le soleil tarde à arriver!

Mercredi 9 septembre : Saint Girons-Montgaillard (113 km)
Temps magnifique mais frais. Départ à 8 heures 25 par la petite route peu fréquentée qui longe le Salat sur sa rive droite : dans le sens de la descente. Encore une très jolie vallée, et une belle moyenne parmi les bois et les près trempés de rosée.
J'ai vu sur la carte qu'à Antist ("Il est d'Antist!"), il faudra tourner à gauche. Lorsque j'arrive au panneau du village, je constate sans surprise qu'un rigolo a rajouté un D devant le nom du village.
Plus tard, je m'arrête à Montrejeau et déjeune au soleil, au bord de la Garonne, à côté du pont, en partageant mon pain avec les poissons.
Lorsque je reprends la route, j'ai une mauvaise surprise : la rue monte, monte, au moins >> et sur la digestion, ça fait mal. Je comprends la raison du mont dans le nom de la ville.
 La route vers Capvern est très agréable, ainsi que la petite route blanche qui suit. Je suis heureux de voir mon ombre m'accompagner consciencieusement depuis ce matin. Beau temps et plaisir de rouler, bien que ces petites routes se préoccupent peu des pourcentages dans les montées. Les bosses sont terribles, mais les voitures rares. Paysages verts, verts, verts, vaches avec sonnailles, et … odeurs. L'herbe des prairies est vraiment exubérante, elle recouvre les bords du bitume : on a l'impression que si les hommes n'intervenaient pas les routes seraient carrément phagocytées!
Après m'être perdu quelque peu dans les croisements sans indications, et avoir poussé parfois le vélo dans des raidillons infernaux, je débouche finalement sur la grand'route près de Bagnères de Bigorre. Montée raide en ligne parfaitement droite, sur 1 ou 2 km. Dur, dur. Au sommet, il y a un bar qui doit s'appeler "Bar de la côte", ou quelque chose comme ça. Je cède à la soif et avale 2 demis avec grand plaisir. La jeune fille remplit mon bidon d'eau glacée que je ne tarderai pas à finir également.
D'ici, je téléphone à l'hôtel de Montgaillard, cité par le Routard. C'est à une dizaine de kilomètres. Après trois essais, j'abandonne, et malgré l'absence de réponse je décide de dépasser Bagnères et de pousser jusque là-bas. L'adresse indique : avenue du 11 Novembre. Après avoir parcouru les quelques rues du triste village, je demande mon chemin. On me dit que c'est à la sortie du village. En réalité, c'est en pleine campagne, au carrefour des routes de Luchon et de Bagnères.
Les patrons sont âgés et n'ont plus guère de motivation. La dame me prévient qu'elle ne fait pas de restauration. Mais plus tard, elle m'invitera à m'asseoir à une table, en me disant qu'elle doit faire la cuisine pour des parents, alors, un de plus… Jambon cru, melon, radis, côte de porc et spaghettis, fromage, gateau de patisserie, vin rouge du pays. Que demander de plus ?
Je me rends compte que je n'ai pas beaucoup d'espèces, et que l'hôtel ne doit pas accepter la carte bleue. Aussi je décide de ne pas prendre de petit déjeuner, n'ayant pas envie de retourner à Bagnères chercher de l'argent, au moment de partir.
Mais le lendemain, malgré mes dires, la dame me pousse manu militari vers "ma" table où m'attend "ma" serviette, une baguette de pain frais, un croissant, des confitures maison et du beurre. Elle m'apporte le café en me disant qu'après les malheurs qu'elle a eu, l'argent ne compte pas. Je lui devrai 26 F, même après avoir raclé le fond de mes poches. Sachant que je vais à Compostelle, elle me demande en échange, de dire une prière pour sa fille de 53 ans, récemment disparue, et qui tenait l'hôtel.
Elle tient à remplir mon bidon d'eau du frigidaire, et ne cesse de me demander si j'ai tout ce qu'il me faut! Merci, madame Lahaye, on aimerait rencontrer plus souvent des gens comme vous.

(à suivre).

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